
L'actinium n'est pas produit en quantités significatives par les processus stellaires classiques. Il s'agit d'un élément chimique lourd et radioactif qui se forme principalement lors de processus astrophysiques extrêmes comme la fusion d'étoiles à neutrons (processus r) ou l'explosion de supernovae. Dans ces environnements, des noyaux atomiques légers capturent rapidement une succession de neutrons pour former des isotopes lourds et instables qui se désintègrent ensuite en éléments de la série des actinides, dont l'actinium. Contrairement à l'aluminium-26 qui sert de "chronomètre" cosmique, les isotopes de l'actinium ont des demi-vies trop courtes (le plus stable est 227Ac avec 21,772 ans) pour être détectés dans l'espace interstellaire. Cependant, leur existence dans le système solaire est attestée par leur présence en traces dans les minerais d'uranium, où ils sont produits en continu par les chaînes de désintégration de l'uranium et du thorium.
L'actinium a été découvert en 1899 par le chimiste français André-Louis Debierne (1874-1949). Il l'isola à partir de la pechblende (un minerai d'uranium), après avoir remarqué que la radioactivité de certains résidus était plus forte que celle de l'uranium lui-même. Il nomma le nouvel élément "actinium" (du grec aktinos, rayon) en raison de sa luminescence et de ses propriétés radioactives. En 1902, Friedrich Oskar Giesel (1852-1927) découvrit indépendamment le même élément, qu'il appela d'abord "emanium". Cependant, la priorité fut accordée à Debierne. Il fallut attendre plusieurs décennies pour que des échantillons macroscopiques et purs d'actinium métallique soient produits, en raison de son extrême rareté (il représente environ 0,2 ppm dans la pechblende) et de la difficulté à le séparer des autres éléments du minerai, notamment du lanthane avec lequel il partage de nombreuses propriétés chimiques. En 1947, des chercheurs du Laboratoire National d'Oak Ridge réussirent enfin à isoler et caractériser l'actinium métallique pur.
N.B. :
L'actinium a longtemps été "l'élément perdu". Sa découverte précoce en 1899 fut rapidement éclipsée par celle du radium (1898) qui captiva l'attention du public et des scientifiques en raison de sa radioactivité intense et de ses applications médicales prometteuses. L'actinium, plus rare et moins intense, resta dans l'ombre pendant des décennies. Ce n'est que bien plus tard, avec l'avènement de la physique nucléaire et le développement de la radiochimie, que son importance comme "père fondateur" de la série des actinides et ses propriétés uniques furent pleinement reconnues. Son isotope 227Ac, en particulier, est une source majeure de particules alpha dans les générateurs thermoélectriques à radioisotopes (RTG) utilisés pour les missions spatiales lointaines.
L'actinium (symbole Ac, numéro atomique 89) est le premier élément de la série des actinides dans le tableau périodique. Son atome possède 89 protons, 89 électrons et un nombre variable de neutrons selon l'isotope. Il partage des similitudes chimiques avec le lanthane, situé juste au-dessus dans le groupe 3, au point d'être souvent considéré comme son analogue radioactif. À l'état métallique pur, l'actinium est un solide argenté et mou, avec une structure cristalline cubique faces centrées (CFC). Sa densité est d'environ 10,07 g/cm³. Il présente une radioactivité importante : tous ses isotopes sont instables. Il forme spontanément une couche d'oxyde (Ac₂O₃) à l'air et réagit facilement avec les halogènes.
Température de fusion : ≈ 1323 K (1050 °C).
Température d'ébullition : ≈ 3473 K (3200 °C, estimation).
| Isotope / Notation | Protons (Z) | Neutrons (N) | Masse atomique (u) | Abondance naturelle | Demi-vie / Stabilité | Mode de désintégration principal / Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Actinium-227 — \(\,^{227}\mathrm{Ac}\,\) | 89 | 138 | 227,027752 u | Trace (dans l'uranium) | 21,772 années | β– (98,62%) et α (1,38%). Isotope naturel le plus abondant. Source majeure de 227Th et 223Ra pour applications médicales. |
| Actinium-228 — \(\,^{227}\mathrm{Ac}\) | 89 | 139 | 228,031021 u | Trace (dans le thorium) | 6,15 heures | β– à 100%. Formé dans la chaîne de désintégration du thorium-232. Utilisé comme traceur en recherche. |
| Actinium-225 — \(\,^{225}\mathrm{Ac}\) | 89 | 136 | 225,023230 u | Non naturel (synthétique) | 10,0 jours | α à 100% (quatre désintégrations α successives). Produit à partir de radium-229. Élément clé de la thérapie alpha ciblée contre le cancer (TAT). |
| Actinium-226 — \(\,^{226}\mathrm{Ac}\) | 89 | 137 | 226,026098 u | Non naturel | 29,37 heures | β– (83%) et ε (17%). Isotope intermédiaire produit en laboratoire pour études de physique nucléaire. |
N.B. :
Les couches électroniques : Comment les électrons s'organisent autour du noyau.
L'actinium possède 89 électrons. Sa configuration électronique fondamentale est [Rn] 6d1 7s2. Cela signifie qu'il a le cœur électronique du radon (Rn, Z=86) et place ses trois derniers électrons dans les orbitales 6d et 7s. Cette configuration peut aussi s'écrire de manière simplifiée : K(2) L(8) M(18) N(32) O(18) P(9) Q(2). Son unique électron 6d explique ses similitudes chimiques avec le lanthane ([Xe] 5d1 6s2).
L'actinium possède trois électrons de valence (configuration 6d1 7s2). À l'instar des autres éléments du groupe 3 (scandium, yttrium, lanthane), il présente presque exclusivement l'état d'oxydation +3 (ion Ac3+). Dans cet état, il perd ses trois électrons de valence pour atteindre une configuration électronique stable de gaz noble ([Rn]). Il n'existe pratiquement pas de composés d'actinium aux états d'oxydation +2 ou +1, en raison de la forte stabilité de l'ion trivalent.
En solution aqueuse, l'ion Ac3+ est le seul état stable. Il forme des complexes hydratés et ses sels (comme AcCl3 ou Ac(NO3)3) sont généralement solubles dans l'eau, sauf avec certains anions (fluorures, phosphates, oxalates). Sa chimie est extrêmement similaire à celle du lanthane (La3+), rendant leur séparation chimique très difficile. Cela s'explique par leur rayon ionique presque identique et leur même charge. La séparation repose donc presque exclusivement sur des différences subtiles dans les constantes de stabilité des complexes ou sur des méthodes de séparation radiochimique exploitant la désintégration de ses isotopes.
La radioactivité intense de l'actinium a des conséquences pratiques majeures. Dans les composés solides, les particules alpha émises par la désintégration provoquent un auto-irradiation qui endommage progressivement le réseau cristallin, change la couleur des sels (du blanc au brun ou noir) et peut même libérer des gaz (hélium issu des particules alpha). En solution, la radiolyse (cassure des molécules d'eau par le rayonnement) génère des espèces radicalaires et peut modifier le pH. Ces effets doivent être soigneusement pris en compte pour le stockage et la manipulation de cet élément.
L'actinium métallique est un réducteur puissant. Il s'oxyde rapidement à l'air pour former de l'oxyde d'actinium(III), Ac2O3. Il réagit avec les acides minéraux non oxydants (comme HCl) en libérant de l'hydrogène et en formant les sels Ac(III) correspondants. Sa réactivité est comparable à celle des métaux alcalino-terreux, mais sa manipulation est rendue complexe par sa radioactivité. Il forme des halogénures (AcX3), des oxydes, des hydroxydes et des sels avec la plupart des anions courants. Sa chimie est entièrement dominée par l'état +3, et il ne montre pas la variété d'états d'oxydation observée chez les actinides plus lourds (comme l'uranium ou le plutonium).
L'actinium est l'un des éléments naturels les plus rares. On estime qu'il n'y a que quelques grammes d'actinium-227 naturel dans la croûte terrestre à un instant donné, principalement dans les minerais d'uranium comme la pechblende. Sa production industrielle est donc extrêmement limitée et coûteuse. La source principale est l'irradiation neutronique du radium-226 dans un réacteur nucléaire, selon la réaction : 226Ra(n,γ)227Ra → (β–, 42,2 min) → 227Ac. La séparation chimique ultérieure de l'actinium du radium et des produits de fission est un défi majeur en radiochimie. L'actinium-225, encore plus rare, est principalement produit par irradiation de thorium-232 avec des protons de haute énergie dans un accélérateur de particules, ou par extraction à partir de générateurs de thorium-229 (lui-même issu de l'uranium-233). Son coût peut atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars par milligramme, en faisant l'un des matériaux les plus précieux au monde.
L'actinium est un élément hautement radioactif et toxique. Sa manipulation requiert des installations adaptées (boîtes à gants étanches sous atmosphère inerte, cellules blindées en plomb ou en béton) et une formation spécialisée en radioprotection. Les principaux dangers proviennent de : 1. L'irradiation externe : Les émissions alpha, bêta et gamma de ses isotopes et de leurs descendants. 2. La contamination interne : S'il est inhalé ou ingéré, il se fixe durablement dans les os (comme le calcium et le strontium), irradiant les tissus voisins et pouvant induire des cancers ou des dommages à la moelle osseuse. Sa limite annuelle d'incorporation (LAI) est extrêmement basse. Son stockage se fait sous forme solide inerte, dans des conteneurs scellés et blindés, souvent à l'abri de l'air pour éviter la formation de poussières.