L'étain est l'un des métaux connus depuis la plus haute Antiquité, utilisé par l'humanité depuis au moins 5000 ans avant notre ère. Sa découverte et son exploitation marquèrent un tournant majeur dans l'histoire humaine : l'Âge du Bronze (environ 3300-1200 av. J.-C.). L'alliage de cuivre (environ 90%) et d'étain (environ 10%) produisait le bronze, matériau révolutionnaire beaucoup plus dur et durable que le cuivre pur, transformant l'armement, l'agriculture et l'artisanat.
Les civilisations mésopotamiennes, égyptiennes et de la vallée de l'Indus maîtrisaient la métallurgie du bronze dès le 3ᵉ millénaire av. J.-C. Les gisements d'étain étaient rares et précieux, créant des routes commerciales sur de vastes distances. Les mines de Cornwall en Angleterre, exploitées dès l'Antiquité, fournirent l'étain aux Phéniciens et aux Romains, devenant légendaires. Le contrôle des sources d'étain conférait un avantage stratégique considérable.
Le nom étain provient du latin stannum, qui désignait à l'origine un alliage d'argent et de plomb avant de désigner l'étain pur. Le symbole chimique Sn vient directement du latin stannum. En anglais, tin provient du vieil anglais et du germanique, reflétant l'importance de ce métal dans les cultures européennes anciennes.
Bien que connu depuis des millénaires, l'étain ne fut reconnu comme élément chimique distinct que tardivement, au 18ᵉ siècle, avec le développement de la chimie moderne. Antoine Lavoisier l'inclut dans sa liste des éléments chimiques publiée en 1789, consolidant sa reconnaissance scientifique.
L'étain (symbole Sn, numéro atomique 50) est un métal post-transition du groupe 14 de la classification périodique, avec le carbone, le silicium, le germanium et le plomb. Son atome possède 50 protons, généralement 70 neutrons (pour l'isotope le plus abondant \(\,^{120}\mathrm{Sn}\)) et 50 électrons avec la configuration électronique [Kr] 4d¹⁰ 5s² 5p².
L'étain est un métal blanc argenté brillant, mou et malléable. Il possède une densité de 7,31 g/cm³ dans sa forme stable β (étain blanc). L'étain présente deux formes allotropiques principales avec des propriétés radicalement différentes : l'étain α (étain gris) et l'étain β (étain blanc), séparés par une température de transition de 13,2 °C.
L'étain blanc (β-Sn), forme stable au-dessus de 13,2 °C, est métallique, ductile et malléable, cristallisant dans une structure tétragonale. C'est la forme utilisée dans toutes les applications pratiques. L'étain gris (α-Sn), forme stable en dessous de 13,2 °C, est un semi-conducteur gris poudreux et friable, cristallisant dans une structure cubique diamant similaire au silicium. La transformation de l'étain blanc en étain gris à basse température, accompagnée d'une expansion volumique de 27%, est appelée "peste de l'étain" ou "maladie de l'étain".
L'étain blanc fond à 232 °C (505 K) et bout à 2602 °C (2875 K). Son point de fusion relativement bas facilite son utilisation dans les soudures et les alliages à bas point de fusion. L'étain résiste bien à la corrosion par l'eau douce et l'eau de mer, mais est attaqué par les acides forts et les bases.
Le point de fusion de l'étain : 505 K (232 °C).
Le point d'ébullition de l'étain : 2875 K (2602 °C).
La température de transition α-Sn → β-Sn : 286 K (13,2 °C).
| Isotope / Notation | Protons (Z) | Neutrons (N) | Masse atomique (u) | Abondance naturelle | Demi-vie / Stabilité | Désintégration / Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Étain-112 — \(\,^{112}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 62 | 111,904818 u | ≈ 0,97 % | Stable | Isotope stable le plus léger et le plus rare de l'étain naturel. |
| Étain-114 — \(\,^{114}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 64 | 113,902779 u | ≈ 0,66 % | Stable | Deuxième isotope stable le plus rare de l'étain naturel. |
| Étain-115 — \(\,^{115}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 65 | 114,903342 u | ≈ 0,34 % | Stable | Troisième isotope stable le plus rare. Utilisé en spectroscopie RMN. |
| Étain-116 — \(\,^{116}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 66 | 115,901741 u | ≈ 14,54 % | Stable | Quatrième isotope stable en abondance de l'étain naturel. |
| Étain-117 — \(\,^{117}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 67 | 116,902952 u | ≈ 7,68 % | Stable | Cinquième isotope stable en abondance de l'étain naturel. |
| Étain-118 — \(\,^{118}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 68 | 117,901603 u | ≈ 24,22 % | Stable | Deuxième isotope le plus abondant de l'étain, représentant près d'un quart du total. |
| Étain-119 — \(\,^{119}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 69 | 118,903308 u | ≈ 8,59 % | Stable | Sixième isotope stable en abondance. Utilisé en spectroscopie Mössbauer. |
| Étain-120 — \(\,^{120}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 70 | 119,902194 u | ≈ 32,58 % | Stable | Isotope le plus abondant de l'étain, représentant près d'un tiers du total. |
| Étain-122 — \(\,^{122}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 72 | 121,903439 u | ≈ 4,63 % | Stable | Septième isotope stable en abondance de l'étain naturel. |
| Étain-124 — \(\,^{124}\mathrm{Sn}\,\) | 50 | 74 | 123,905274 u | ≈ 5,79 % | Stable | Huitième et dernier isotope stable. Isotope stable le plus lourd de l'étain. |
N.B. :
Couches électroniques : Comment les électrons sont organisés autour du noyau.
L'étain possède 50 électrons répartis sur cinq couches électroniques. Sa configuration électronique complète est : 1s² 2s² 2p⁶ 3s² 3p⁶ 3d¹⁰ 4s² 4p⁶ 4d¹⁰ 5s² 5p², ou de manière simplifiée : [Kr] 4d¹⁰ 5s² 5p². Cette configuration peut également s'écrire : K(2) L(8) M(18) N(18) O(4).
Couche K (n=1) : contient 2 électrons dans la sous-couche 1s. Cette couche interne est complète et très stable.
Couche L (n=2) : contient 8 électrons répartis en 2s² 2p⁶. Cette couche est également complète, formant une configuration de gaz noble (néon).
Couche M (n=3) : contient 18 électrons répartis en 3s² 3p⁶ 3d¹⁰. Cette couche complète contribue à l'écran électronique.
Couche N (n=4) : contient 18 électrons répartis en 4s² 4p⁶ 4d¹⁰. La sous-couche 4d complète est particulièrement stable.
Couche O (n=5) : contient 4 électrons répartis en 5s² 5p². Ces quatre électrons sont les électrons de valence de l'étain.
L'étain possède 4 électrons de valence : deux électrons 5s² et deux électrons 5p². Les deux principaux états d'oxydation sont +2 et +4. L'état +4, où l'étain perd ses quatre électrons de valence pour former l'ion Sn⁴⁺, est le plus stable et apparaît dans la plupart des composés : dioxyde d'étain (SnO₂), tétrachlorure d'étain (SnCl₄), et composés organostanniques.
L'état +2, où l'étain perd seulement ses deux électrons 5p² (effet de paire inerte), devient progressivement plus stable en descendant dans le groupe 14. Des composés comme l'oxyde d'étain(II) (SnO), le chlorure d'étain(II) (SnCl₂) sont courants mais tendent à s'oxyder en composés d'étain(IV). Le chlorure d'étain(II) est un puissant agent réducteur utilisé en synthèse chimique.
L'étain est relativement stable à l'air à température ambiante, formant lentement une fine couche d'oxyde protectrice qui le protège de la corrosion ultérieure. Cette résistance à la corrosion explique son utilisation historique et moderne pour protéger d'autres métaux (fer-blanc). L'étain résiste bien à l'eau douce, à l'eau de mer et à de nombreux composés organiques.
L'étain réagit avec les acides forts pour former des sels d'étain(II) ou d'étain(IV) selon les conditions : Sn + 2HCl → SnCl₂ + H₂ (acide dilué), ou Sn + 4HNO₃ → Sn(NO₃)₄ + 2NO₂ + 2H₂O (acide nitrique concentré). Les bases fortes attaquent également l'étain, formant des stannates : Sn + 2NaOH + 4H₂O → Na₂[Sn(OH)₆] + 2H₂.
L'étain réagit avec les halogènes pour former des tétrahalogénures (état +4) : Sn + 2Cl₂ → SnCl₄. Le tétrachlorure d'étain est un liquide fumant utilisé en synthèse organique. L'étain forme également de nombreux composés organostanniques (R₄Sn, R₃SnX, etc.) largement utilisés comme catalyseurs, stabilisants PVC et biocides, bien que leur toxicité ait conduit à des restrictions d'usage.
L'application dominante moderne de l'étain, représentant environ 50% de la demande mondiale, est dans les soudures électroniques. Pendant des décennies, l'alliage étain-plomb (typiquement 63% Sn, 37% Pb) fut la soudure standard en électronique, avec un point de fusion de 183 °C et d'excellentes propriétés de mouillage.
La prise de conscience de la toxicité du plomb et de ses impacts environnementaux conduisit à l'adoption de directives strictes, notamment la directive RoHS (Restriction of Hazardous Substances) de l'Union européenne en 2006, interdisant le plomb dans la plupart des équipements électroniques. Cette réglementation déclencha une révolution technologique : la transition vers les soudures sans plomb.
Les soudures sans plomb sont principalement basées sur l'étain avec divers additifs. Les alliages les plus courants sont SAC (étain-argent-cuivre : 96,5% Sn, 3% Ag, 0,5% Cu) avec un point de fusion de 217-220 °C, et Sn-Cu (99,3% Sn, 0,7% Cu) pour des applications à moindre coût. Cette transition nécessita une refonte complète des processus de fabrication électronique, avec des températures de soudage plus élevées et des défis de fiabilité à long terme.
La demande mondiale d'étain pour soudures a explosé avec cette transition, passant d'environ 50 000 tonnes/an dans les années 1990 à plus de 180 000 tonnes/an dans les années 2020. Chaque smartphone contient environ 0,5-1 gramme d'étain dans ses soudures, chaque ordinateur portable 3-5 grammes, créant une demande massive alimentée par la prolifération de l'électronique grand public.
Le fer-blanc, tôle d'acier recouverte d'une fine couche d'étain (typiquement 2-10 microns), révolutionna la conservation alimentaire au 19ᵉ siècle. Nicolas Appert inventa la mise en conserve en 1810, et Peter Durand breveta la boîte de conserve en fer-blanc en 1810. Cette innovation permit la conservation longue durée d'aliments, transformant l'alimentation, le commerce et la logistique militaire.
Le revêtement d'étain protège l'acier de la corrosion et empêche la migration d'ions métalliques dans les aliments. L'étain est non toxique, chimiquement inerte avec la plupart des aliments, et forme une barrière protectrice efficace. Bien que l'aluminium et le plastique aient progressivement remplacé le fer-blanc pour certaines applications, les boîtes de conserve en fer-blanc restent largement utilisées, représentant environ 15-20% de la demande mondiale d'étain.
L'étain est synthétisé dans les étoiles principalement par le processus s (capture lente de neutrons) dans les étoiles de la branche asymptotique des géantes (AGB), avec des contributions du processus r (capture rapide de neutrons) lors de supernovae et de fusions d'étoiles à neutrons. L'étain possède le plus grand nombre d'isotopes stables (10) de tous les éléments, reflétant la stabilité particulière des noyaux avec 50 protons (nombre magique).
L'abondance cosmique de l'étain est d'environ 4×10⁻⁹ fois celle de l'hydrogène en nombre d'atomes. Cette abondance relativement élevée pour un élément lourd s'explique par la stabilité nucléaire exceptionnelle du noyau avec Z=50 (coquille magique de protons complète), favorisant la formation et la survie des isotopes d'étain lors des processus de nucléosynthèse.
Les dix isotopes stables de l'étain sont produits par différentes combinaisons des processus s, r et p (capture de protons), chacun dominant pour certains isotopes. L'analyse des rapports isotopiques de l'étain dans les météorites primitives fournit des contraintes précieuses sur les contributions relatives de ces processus à la composition du système solaire et sur l'hétérogénéité de la nébuleuse solaire primitive.
Les raies spectrales de l'étain neutre (Sn I) et ionisé (Sn II) sont observables dans les spectres de certaines étoiles froides et étoiles géantes enrichies en éléments lourds. L'analyse de ces raies permet de déterminer l'abondance de l'étain et de tracer l'enrichissement chimique des galaxies, confirmant le rôle des étoiles AGB dans la production d'éléments du processus s.
N.B. :
L'étain est présent dans la croûte terrestre à une concentration moyenne d'environ 2 ppm, le rendant relativement rare, environ 1000 fois plus rare que le zinc mais 40 fois plus abondant que l'argent. Le principal minerai d'étain est la cassitérite (SnO₂), contenant environ 78% d'étain, généralement sous forme de veines hydrothermales ou de dépôts alluviaux (placers).
La production mondiale d'étain est d'environ 350 000 tonnes par an. La Chine domine la production avec environ 40% du total mondial, suivie par l'Indonésie (20%), le Myanmar (15%), le Pérou (7%) et la Bolivie. Les gisements historiques de Cornwall sont épuisés depuis le 20ᵉ siècle, mais l'exploitation minière continue en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud.
Le recyclage de l'étain est important, représentant environ 30% de l'offre annuelle. L'étain est récupéré principalement du fer-blanc usagé (détaminage électrolytique ou chimique), des scories et résidus de fonderie, et des déchets électroniques. Le taux de recyclage élevé de l'étain s'explique par sa valeur économique, sa facilité de récupération et les préoccupations environnementales. L'étain n'est pas considéré comme un matériau critique par la plupart des pays en raison de réserves suffisantes et de sources diversifiées.