L'iridium est un élément lourd synthétisé presque exclusivement par le processus r (capture rapide de neutrons) lors d'événements cataclysmiques comme les supernovae de type II ou les fusions d'étoiles à neutrons. En tant qu'élément sidérophile (affinité pour le fer), il fut largement drainé vers le noyau ferreux lors de la différenciation planétaire de la Terre, ce qui explique son extrême rareté dans la croûte terrestre. Son abondance dans certaines météorites chondritiques (primitives) est bien plus élevée, en faisant un traceur idéal de la matière extraterrestre.
La découverte en 1980 par l'équipe de Luis et Walter Alvarez d'une couche d'argile anormalement riche en iridium à la limite Crétacé-Paléogène (K-Pg, il y a 66 millions d'années) dans le monde entier a révolutionné la géologie. Cette anomalie, jusqu'à 100 fois la teneur crustale normale, ne pouvait pas s'expliquer par des processus terrestres. Elle constitua la première preuve solide de l'hypothèse selon laquelle l'extinction des dinosaures (et de 75% des espèces) fut causée par l'impact d'un astéroïde d'environ 10 km de diamètre. Le cratère correspondant fut identifié plus tard à Chicxulub, au Mexique.
Depuis cette découverte, les anomalies en iridium sont systématiquement recherchées dans les strates géologiques comme marqueurs d'impacts météoritiques majeurs. Elles ont permis d'identifier d'autres événements d'extinction ou de perturbation biotique, comme à la limite Trias-Jurassique. L'iridium est ainsi devenu un élément clé pour lier l'histoire de la Terre aux phénomènes astronomiques.
L'iridium possède deux isotopes stables naturels, \(^{191}\mathrm{Ir}\) et \(^{193}\mathrm{Ir}\). Les rapports isotopiques de l'iridium, combinés à ceux d'autres éléments sidérophiles comme l'osmium, le platine ou le ruthénium, permettent de distinguer les sources de matière extraterrestre (par exemple, différencier une météorite chondritique d'une météorite différenciée) et de mieux comprendre le processus d'accrétion planétaire.
L'iridium tire son nom de la déesse grecque de l'arc-en-ciel, Iris (Ἶρις). Ce nom a été choisi par son découvreur Smithson Tennant en 1803 en raison de la grande variété de couleurs vives présentées par ses sels en solution. Contrairement à l'osmium découvert simultanément et nommé pour son odeur, l'iridium fut donc célébré pour sa beauté chromatique.
Comme pour l'osmium, l'iridium fut découvert en 1803 par le chimiste anglais Smithson Tennant. En étudiant le résidu noir insoluble obtenu après dissolution du platine natif dans l'eau régale, il parvint à séparer deux nouveaux éléments. L'un produisait un oxyde volatil à l'odeur forte (osmium), l'autre donnait des sels aux couleurs remarquables. Il nomma ce dernier iridium. La difficulté à le fondre et à le travailler lui valut aussi le surnom de "metal récalcitrant".
La première production d'iridium métallique relativement pur est attribuée à Tennant dès 1804, mais ce n'est qu'en 1842 que le chimiste français Henri Sainte-Claire Deville parvint à obtenir des quantités significatives et à étudier ses propriétés. Sa très haute température de fusion et son extrême dureté rendirent son façonnage industriel très difficile jusqu'à l'avènement des fours à arc électrique et des techniques de métallurgie des poudres au XXe siècle.
L'iridium est l'un des éléments les plus rares de la croûte terrestre, avec une abondance estimée à seulement 0,001 ppb (parties par milliard), soit environ 40 fois plus rare que l'or. Cette rareté s'explique par son caractère sidérophile. Comme les autres platinoïdes, il n'existe pas de gisement primaire d'iridium. Il est toujours récupéré comme sous-produit du raffinage du nickel et du cuivre (gisements sulfureux comme Norilsk) ou, principalement, du traitement des minerais de platine (gisement du Bushveld en Afrique du Sud, qui fournit la grande majorité de l'iridium mondial).
La production annuelle mondiale est très faible, de l'ordre de quelques tonnes. Les principaux producteurs sont l'Afrique du Sud, la Russie, le Canada et le Zimbabwe. Son prix est extrêmement élevé et volatile, souvent supérieur à celui de l'or, reflétant sa rareté, la complexité de son extraction et une demande de niche dans les hautes technologies.
L'iridium (symbole Ir, numéro atomique 77) est un métal de transition de la 6ème période, situé dans le groupe 9 (anciennement VIII) du tableau périodique, avec le cobalt, le rhodium et le meitnérium. Il appartient au groupe des métaux du platine (platine, palladium, rhodium, ruthénium, osmium, iridium). Son atome possède 77 protons, généralement 115 ou 116 neutrons (pour les isotopes \(^{193}\mathrm{Ir}\) et \(^{191}\mathrm{Ir}\)) et 77 électrons avec la configuration électronique [Xe] 4f¹⁴ 5d⁷ 6s². Cette configuration présente sept électrons dans la sous-couche 5d.
L'iridium est un métal blanc argenté, brillant, très dense, extrêmement dur et cassant. Il partage avec l'osmium le titre d'élément le plus dense.
L'iridium présente une structure cristalline cubique à faces centrées (CFC) à température ambiante.
L'iridium fond à 2466 °C (2739 K) et bout à 4428 °C (4701 K). Il conserve une excellente stabilité mécanique et chimique à des températures extrêmes, ce qui en fait un matériau de choix pour les applications les plus sévères.
L'iridium est le métal le plus résistant à la corrosion. Il est inattaquable par tous les acides, y compris l'eau régale, à température ambiante. Il peut être lentement attaqué par l'eau régale à haute température et pression. Il résiste également aux alcalis fondus. Sa principale faiblesse chimique est une certaine oxydation en surface au-dessus de 600°C pour former IrO₂, qui est cependant stable et protecteur. Cette inertie légendaire en fait le candidat idéal pour les étalons et les applications où la pureté doit être préservée indéfiniment.
Densité : 22,56 g/cm³ - parmi les plus élevées (avec l'osmium).
Point de fusion : 2739 K (2466 °C) - extrêmement élevé.
Point d'ébullition : 4701 K (4428 °C).
Structure cristalline : Cubique à faces centrées (CFC).
Module d'élasticité : ~528 GPa - extrêmement rigide.
Dureté : 6,5 sur l'échelle de Mohs.
Résistance à la corrosion : La plus élevée de tous les métaux.
| Isotope / Notation | Protons (Z) | Neutrons (N) | Masse atomique (u) | Abondance naturelle | Demi-vie / Stabilité | Désintégration / Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Iridium-191 — \(^{191}\mathrm{Ir}\) | 77 | 114 | 190,960594 u | ≈ 37,3 % | Stable | Isotope stable. Utilisé pour la production de l'isotope médical \(^{192}\mathrm{Ir}\) par activation neutronique. |
| Iridium-193 — \(^{193}\mathrm{Ir}\) | 77 | 116 | 192,962926 u | ≈ 62,7 % | Stable | Isotope stable majoritaire. Isotope de référence pour les mesures. |
| Iridium-192 — \(^{192}\mathrm{Ir}\) (artificiel) | 77 | 115 | 191,962605 u | Trace (radiogénique) | 73,827 jours | Radioactif β⁻ et CE. Isotope important pour la radiothérapie (brachythérapie) et la gammagraphie industrielle (contrôle non destructif). Produit par irradiation neutronique de \(^{191}\mathrm{Ir}\). |
N.B. :
Couches électroniques : Comment les électrons sont organisés autour du noyau.
L'iridium possède 77 électrons répartis sur six couches électroniques. Sa configuration électronique [Xe] 4f¹⁴ 5d⁷ 6s² présente une sous-couche 4f complètement remplie (14 électrons) et sept électrons dans la sous-couche 5d. Cela peut également s'écrire : K(2) L(8) M(18) N(32) O(15) P(2), ou de manière complète : 1s² 2s² 2p⁶ 3s² 3p⁶ 3d¹⁰ 4s² 4p⁶ 4d¹⁰ 4f¹⁴ 5s² 5p⁶ 5d⁷ 6s².
Couche K (n=1) : 2 électrons (1s²).
Couche L (n=2) : 8 électrons (2s² 2p⁶).
Couche M (n=3) : 18 électrons (3s² 3p⁶ 3d¹⁰).
Couche N (n=4) : 32 électrons (4s² 4p⁶ 4d¹⁰ 4f¹⁴).
Couche O (n=5) : 15 électrons (5s² 5p⁶ 5d⁷).
Couche P (n=6) : 2 électrons (6s²).
L'iridium possède 9 électrons de valence : deux électrons 6s² et sept électrons 5d⁷. L'iridium présente une large gamme d'états d'oxydation, de -3 à +9, avec les états +3 et +4 étant les plus courants et stables.
L'état +3 est très stable et on le trouve dans de nombreux complexes (ex: \(\mathrm{IrCl_6^{3-}}\)). L'état +4 est également commun (ex: \(\mathrm{IrO_2}\), \(\mathrm{IrF_6^{2-}}\)). De façon remarquable, l'iridium peut atteindre des états d'oxydation très élevés, jusqu'à +9 dans le cation \(\mathrm{IrO_4^+}\) en phase gazeuse, ce qui est le record absolu pour tout élément. Cette richesse en états d'oxydation, couplée à une grande inertie du métal de base, en fait un élément fascinant pour la chimie de coordination et la catalyse (notamment les catalyseurs d'hydrosilylation et certains catalyseurs organométalliques).
À température ambiante, l'iridium est parfaitement stable à l'air. Il ne commence à s'oxyder de manière significative qu'au-dessus de 600 °C, formant une couche de dioxyde d'iridium (IrO₂) qui est stable et adhérente, offrant une certaine protection. Au-dessus de 1100 °C, cette couche d'oxyde se volatilise. Contrairement à l'osmium, il ne forme pas d'oxyde volatil toxique comme OsO₄.
L'iridium est célèbre pour son invulnérabilité aux acides :
Cette résistance le rend idéal pour les creusets de laboratoire destinés à la manipulation de substances ultra-corrosives.
N.B. :
L'eau régale, ou aqua regia, est un mélange corrosif d'acide nitrique concentré (HNO₃) et d'acide chlorhydrique concentré (HCl) dans un rapport typique de 1:3. Sa capacité à dissoudre l'or et le platine, pourtant résistants aux acides séparés, s'explique par la formation in situ de chlore (Cl₂) et de chlorure de nitrosyle (NOCl), qui oxydent ces métaux en ions complexes solubles (comme [AuCl₄]⁻). Utilisée depuis l'alchimie pour la purification des métaux précieux, elle joue toujours un rôle crucial en métallurgie, microélectronique et chimie analytique.
L'iridium réagit directement avec les halogènes à température élevée. Avec le fluor, il forme IrF₆ (hexafluorure, solide jaune) et IrF₄. Avec le chlore, il forme IrCl₃ (trichlorure, solide brun-rouge) et IrCl₄. Il réagit également avec l'oxygène et le chlore simultanément pour former des oxychlorures. Il forme des composés avec le soufre, le sélénium, le tellure, le phosphore, l'arsenic, le silicium et le bore à haute température.
Le composé d'oxydation le plus important est le dioxyde IrO₂.
L'alliage platine-iridium (90/10) a été choisi à la fin du XIXe siècle pour fabriquer les prototypes internationaux du mètre et du kilogramme en raison de propriétés uniques :
Si le mètre et le kilogramme sont aujourd'hui définis par des constantes fondamentales, les anciens étalons en platine-iridium restent des pièces historiques et symboliques de la science métrologique.
L'iridium pur est le matériau de choix pour les creusets utilisés dans la méthode Czochralski pour faire croître des monocristaux d'oxydes à très haute température de fusion, comme :
Sa pureté, son point de fusion très élevé et son inertie chimique empêchent la contamination du cristal en croissance.
Les anodes recouvertes d'un mélange d'oxydes conducteurs (comme IrO₂ + Ta₂O₅) sur un substrat de titane sont appelées "dimensionnellement stables". Elles sont inattaquables électrochimiquement et ont révolutionné l'industrie du chlore-alcali, remplaçant les anodes de graphite polluantes. Elles sont aussi utilisées pour l'électrolyse de l'eau, le traitement des eaux et la galvanoplastie.
L'isotope radioactif artificiel \(^{192}\mathrm{Ir}\) est une source gamma de moyenne énergie (énergie moyenne ~380 keV) avec une demi-vie pratique de 74 jours. Il est largement utilisé en brachythérapie, une forme de radiothérapie où la source radioactive est placée à l'intérieur ou à proximité immédiate de la tumeur.
La même source \(^{192}\mathrm{Ir}\) est utilisée pour le contrôle non destructif par radiographie industrielle. Elle permet de vérifier l'intégrité des soudures sur les pipelines, les réservoirs sous pression, les structures aéronautiques et les pièces de fonderie. Sa pénétration est adaptée à une large gamme d'épaisseurs d'acier.
Les alliages à base de nickel (superalliages) ou de platine renforcés avec de l'iridium sont utilisés dans les composants les plus sollicités thermiquement et chimiquement :
L'ajout d'iridium au platine, au palladium ou au tungstène améliore considérablement la dureté, la résistance à l'arc électrique et à l'usure des contacts électriques utilisés dans les interrupteurs haute puissance, les relais d'aviation et les dispositifs de sécurité.
L'iridium métallique est considéré comme biologiquement inerte et peu toxique en raison de son extrême insolubilité et de son absence de réactivité. Il n'y a pratiquement aucun risque lié au métal massif.
Cependant :
L'iridium naturel est présent à l'état de traces infinitésimales dans l'environnement et ne constitue pas un polluant. L'extraction des platinoïdes dont il est issu peut avoir des impacts environnementaux locaux (perturbation des sols, gestion des déchets miniers). Les activités industrielles utilisant de l'iridium génèrent peu de déchets dispersifs en raison de sa valeur et de sa nature d'élément critique.
Le recyclage de l'iridium est économiquement impératif en raison de son prix exorbitant et de sa rareté. Il est soigneusement récupéré à partir de :
Les procédés de recyclage impliquent généralement une collecte sélective, une dissolution dans des conditions agressives (eau régale à chaud sous pression) et une purification par précipitations sélectives ou échange ionique.
L'iridium est un matériau critique pour l'Union Européenne et les États-Unis. Ses applications dans les technologies vertes (électrolyseurs pour l'hydrogène vert), la haute technologie et la santé en font un élément stratégique. Les enjeux futurs sont :
L'iridium, de par son lien avec les plus grands cataclysmes cosmiques et son rôle dans les technologies les plus avancées, reste un élément à la fois témoin du passé et clé pour notre avenir technologique.