
Le palladium fut découvert en 1803 par le chimiste britannique William Hyde Wollaston (1766-1828), qui découvrit également le rhodium la même année. Wollaston travaillait sur la purification et l'analyse du platine brut importé d'Amérique du Sud. Après avoir dissous le minerai dans l'eau régale et précipité le platine, il traita la solution résiduelle avec du cyanure de mercure, obtenant un précipité qu'il identifia comme un nouveau métal.
Wollaston nomma cet élément palladium en l'honneur de l'astéroïde Pallas, découvert l'année précédente en 1802 par l'astronome allemand Heinrich Wilhelm Olbers. Pallas elle-même tire son nom de Pallas Athéna, déesse grecque de la sagesse et de la guerre. Cette nomenclature astronomique était une tendance de l'époque, suivie également pour le cérium (nommé d'après Cérès).
De manière astucieuse et inhabituelle, Wollaston choisit de ne pas annoncer immédiatement sa découverte dans les revues scientifiques. À la place, il vendit anonymement de petites quantités de palladium dans une boutique de Londres, intriguant la communauté scientifique. Certains chimistes, dont le célèbre Richard Chenevix, affirmèrent que le palladium n'était qu'un alliage de platine et de mercure plutôt qu'un élément véritable. Wollaston révéla finalement sa paternité de la découverte en 1805, démontrant de manière irréfutable la nature élémentaire du palladium.
Le palladium (symbole Pd, numéro atomique 46) est un métal de transition du groupe 10 de la classification périodique, appartenant au groupe des métaux du platine. Son atome possède 46 protons, généralement 60 neutrons (pour l'isotope le plus abondant \(\,^{106}\mathrm{Pd}\)) et 46 électrons avec la configuration électronique [Kr] 4d¹⁰.
Le palladium est un métal blanc argenté brillant, le plus léger et le plus mou des métaux du groupe platine. Il possède une densité de 12,02 g/cm³, notablement inférieure à celle du platine (21,45 g/cm³). Le palladium cristallise dans une structure cubique à faces centrées (cfc). Il est ductile et malléable, pouvant être laminé en feuilles très minces et étiré en fils.
Le palladium fond à 1555 °C (1828 K) et bout à 2963 °C (3236 K). Il possède le point de fusion le plus bas de tous les métaux du groupe platine, ce qui facilite son travail et son alliage. Le palladium a également une conductivité thermique et électrique élevées, ainsi qu'un faible coefficient de dilatation thermique.
La propriété la plus remarquable du palladium est sa capacité extraordinaire à absorber l'hydrogène. À température ambiante, le palladium peut absorber jusqu'à 900 fois son propre volume d'hydrogène gazeux, formant un hydrure de palladium (PdHₓ où x peut atteindre 0,7). Cette propriété unique fait du palladium un matériau essentiel pour le stockage, la purification et la catalyse de l'hydrogène.
Le point de fusion du palladium : 1828 K (1555 °C).
Le point d'ébullition du palladium : 3236 K (2963 °C).
Le palladium peut absorber jusqu'à 900 fois son volume en hydrogène gazeux.
| Isotope / Notation | Protons (Z) | Neutrons (N) | Masse atomique (u) | Abondance naturelle | Demi-vie / Stabilité | Désintégration / Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Palladium-102 — \(\,^{102}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 56 | 101,905609 u | ≈ 1,02 % | Stable | Isotope stable le plus léger et le plus rare du palladium naturel. |
| Palladium-104 — \(\,^{104}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 58 | 103,904036 u | ≈ 11,14 % | Stable | Deuxième isotope stable le plus rare du palladium naturel. |
| Palladium-105 — \(\,^{105}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 59 | 104,905085 u | ≈ 22,33 % | Stable | Troisième isotope stable en abondance du palladium naturel. |
| Palladium-106 — \(\,^{106}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 60 | 105,903486 u | ≈ 27,33 % | Stable | Isotope le plus abondant du palladium, représentant plus d'un quart du total. |
| Palladium-108 — \(\,^{108}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 62 | 107,903892 u | ≈ 26,46 % | Stable | Deuxième isotope le plus abondant, presque aussi commun que Pd-106. |
| Palladium-110 — \(\,^{110}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 64 | 109,905153 u | ≈ 11,72 % | Stable | Isotope stable le plus lourd du palladium naturel. |
| Palladium-107 — \(\,^{107}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 61 | 106,905133 u | Synthétique | ≈ 6,5 × 10⁶ ans | Radioactif (β⁻). Produit de fission. Isotope éteint présent lors de la formation du système solaire. |
| Palladium-103 — \(\,^{103}\mathrm{Pd}\,\) | 46 | 57 | 102,906087 u | Synthétique | ≈ 17,0 jours | Radioactif (capture électronique). Utilisé en curiethérapie pour traiter le cancer de la prostate. |
N.B. :
Couches électroniques : Comment les électrons sont organisés autour du noyau.
Le palladium possède 46 électrons répartis sur cinq couches électroniques. Sa configuration électronique complète est : 1s² 2s² 2p⁶ 3s² 3p⁶ 3d¹⁰ 4s² 4p⁶ 4d¹⁰, ou de manière simplifiée : [Kr] 4d¹⁰. Cette configuration est unique car le palladium est le seul élément de sa période à ne pas avoir d'électrons dans la sous-couche 5s, la sous-couche 4d étant complètement remplie. Cette configuration peut également s'écrire : K(2) L(8) M(18) N(18).
Couche K (n=1) : contient 2 électrons dans la sous-couche 1s. Cette couche interne est complète et très stable.
Couche L (n=2) : contient 8 électrons répartis en 2s² 2p⁶. Cette couche est également complète, formant une configuration de gaz noble (néon).
Couche M (n=3) : contient 18 électrons répartis en 3s² 3p⁶ 3d¹⁰. Cette couche complète contribue à l'écran électronique.
Couche N (n=4) : contient 18 électrons répartis en 4s² 4p⁶ 4d¹⁰. La sous-couche 4d complète constitue la couche de valence du palladium.
Le palladium possède 10 électrons de valence dans sa sous-couche 4d¹⁰ complète. Malgré cette configuration d10 remplie généralement associée à une faible réactivité, le palladium est chimiquement actif car les électrons 4d peuvent facilement être excités ou perdus. Le palladium présente principalement les états d'oxydation +2 et +4, bien que l'état +2 soit de loin le plus courant et le plus stable.
L'état d'oxydation +2 apparaît dans la plupart des composés de palladium, notamment le chlorure de palladium(II) (PdCl₂), l'oxyde de palladium(II) (PdO) et d'innombrables complexes de coordination. L'état +4 existe dans quelques composés comme l'hexafluoropalladate(IV) (PdF₆²⁻). Des états d'oxydation 0, +1 et +3 existent également dans certains complexes organométalliques.
Le palladium est relativement résistant à la corrosion à température ambiante, ne ternissant pas à l'air dans des conditions normales. Il résiste à de nombreux acides dilués mais se dissout lentement dans l'acide nitrique concentré et plus rapidement dans l'eau régale. À haute température, le palladium s'oxyde lentement pour former l'oxyde de palladium(II) (PdO), un composé noir qui se décompose au-dessus de 750 °C.
La propriété la plus extraordinaire du palladium est son interaction avec l'hydrogène. Le palladium absorbe l'hydrogène gazeux de manière réversible, formant un système Pd-H où les atomes d'hydrogène occupent les sites interstitiels du réseau cristallin. À température ambiante et pression atmosphérique, le palladium peut former PdH₀,₆, et à basse température et haute pression, la composition peut atteindre PdH₁.
Cette absorption d'hydrogène provoque une expansion du réseau cristallin (environ 10% d'augmentation de volume) et modifie significativement les propriétés physiques du palladium : diminution de la conductivité électrique, fragilisation mécanique, et changement de couleur. Le palladium chargé en hydrogène peut libérer l'hydrogène pur par chauffage ou sous vide, ce qui est exploité pour la purification de l'hydrogène à 99,9999% de pureté.
Le palladium est le seul métal permettant le passage sélectif de l'hydrogène à travers une membrane à haute température. Cette propriété unique est exploitée dans les séparateurs à membrane de palladium pour produire de l'hydrogène ultra-pur pour l'industrie des semi-conducteurs, les piles à combustible et l'électronique.
Le palladium joue un rôle central en catalyse homogène moderne. En 2010, le prix Nobel de chimie fut décerné à Richard F. Heck, Ei-ichi Negishi et Akira Suzuki pour le développement des couplages croisés catalysés par le palladium, des réactions permettant de former des liaisons carbone-carbone avec une précision et une efficacité exceptionnelles.
Les réactions de couplage croisé au palladium ont révolutionné la synthèse organique. La réaction de Suzuki-Miyaura couple des acides boroniques avec des halogénures organiques, la réaction de Heck couple des alcènes avec des halogénures aromatiques, et la réaction de Negishi utilise des organozinciques. Ces transformations sont aujourd'hui des outils standards indispensables en chimie pharmaceutique, agrochimique et des matériaux.
Les catalyseurs au palladium permettent la synthèse de molécules complexes impossibles à obtenir par d'autres méthodes. Plus de 25% des médicaments commercialisés aujourd'hui sont fabriqués en utilisant au moins une étape de catalyse au palladium. Les écrans OLED, les polymères conducteurs et de nombreux matériaux avancés dépendent également de ces réactions catalysées par le palladium.
Le palladium est devenu le métal du groupe platine le plus demandé, surpassant le platine depuis 2016. La demande automobile de palladium a explosé avec le passage des moteurs diesel (utilisant principalement du platine) aux moteurs à essence (utilisant du palladium et du rhodium) suite au scandale Dieselgate et au durcissement des normes d'émission.
Le prix du palladium a connu une ascension spectaculaire : environ 200 dollars l'once troy en 2002, 1000-1500 dollars dans les années 2010, puis explosion à plus de 3000 dollars en 2019-2020, dépassant pour la première fois le prix de l'or et devenant le métal précieux le plus cher. Le prix s'est stabilisé autour de 1000-2000 dollars l'once depuis 2022-2024 suite à l'augmentation du recyclage et à la substitution partielle par le platine.
L'offre de palladium est concentrée géographiquement : environ 40% provient de Russie (mines de Norilsk), 38% d'Afrique du Sud (complexe du Bushveld), et le reste du Canada et des États-Unis. Cette concentration géographique, combinée aux tensions géopolitiques, crée une volatilité significative des prix. Le recyclage des catalyseurs automobiles usagés fournit environ 30% de l'offre annuelle.
Le palladium est synthétisé dans les étoiles principalement par le processus s (capture lente de neutrons) dans les étoiles de la branche asymptotique des géantes (AGB), avec des contributions du processus r (capture rapide de neutrons) lors de supernovae et de fusions d'étoiles à neutrons. Les six isotopes stables du palladium reflètent les contributions de ces différents processus.
L'abondance cosmique du palladium est d'environ 1,4×10⁻⁹ fois celle de l'hydrogène en nombre d'atomes. Cette abondance modérée pour un métal du groupe platine s'explique par sa position favorable dans la courbe de stabilité nucléaire.
Le palladium-107, isotope radioactif éteint (demi-vie 6,5 millions d'années), était présent lors de la formation du système solaire. Son produit de désintégration, l'argent-107, présente des excès mesurables dans certaines météorites primitives. Le rapport initial ¹⁰⁷Pd/¹⁰⁸Pd fournit des contraintes sur le délai entre les derniers événements de nucléosynthèse et la formation des premiers solides du système solaire, estimé à quelques millions d'années.
Les variations isotopiques du palladium dans les météorites fournissent également des informations sur l'hétérogénéité de la nébuleuse solaire primitive et les contributions relatives des processus s et r. Les raies spectrales du palladium sont observables dans certaines étoiles enrichies en éléments lourds, permettant de tracer l'enrichissement chimique galactique.
N.B. :
Le palladium est présent dans la croûte terrestre à une concentration moyenne d'environ 0,015 ppm, soit environ 100 fois plus rare que l'argent mais 5 fois plus abondant que l'or. Il ne forme pas de minerais propres mais se trouve toujours associé aux autres métaux du groupe platine, principalement dans les gisements de nickel-cuivre et les complexes de roches ultrabasiques stratifiées.
La production mondiale de palladium est d'environ 210 tonnes par an. La Russie est le plus grand producteur (environ 40%), suivie par l'Afrique du Sud (38%), le Canada et les États-Unis. Environ 90% du palladium est extrait comme sous-produit de l'extraction du nickel et du platine. Le recyclage des catalyseurs automobiles fournit environ 30% de l'offre totale, proportion en augmentation constante.
Le palladium est extrait des concentrés de métaux du groupe platine par des procédés hydrométallurgiques impliquant dissolution dans l'eau régale, précipitation sélective du chlorure de palladium ammoniacal ((NH₄)₂PdCl₆), puis réduction par de l'hydrazine ou de l'acide formique. Le palladium pur (99,95%) est obtenu après raffinage électrolytique ou par dissolution-reprécipitation répétée.