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Dernière mise à jour : 26 janvier 2026

Protactinium (Pa, Z = 91): L'Élément Intermédiaire et Évanescent

Modèle atomique simplifié du protactinium

Modèle atomique simplifié de l'atome de protactinium. L'isotope le plus stable est \(\,^{231}\mathrm{Pa}\,\) avec ses 91 protons, 91 électrons et 140 neutrons.
Source de l'image: astronoo.com (nouvelle fenêtre)

Rôle en astrophysique et cosmochimie

Le protactinium n'est pas synthétisé en quantités significatives dans les étoiles. Comme tous les actinides lourds, sa formation est liée à des processus astrophysiques extrêmes comme le processus r (capture rapide de neutrons) lors de la fusion d'étoiles à neutrons ou d'explosions de supernovae. Dans le système solaire, son existence est éphémère et dépendante des chaînes de désintégration d'éléments parents à plus longue vie. L'isotope \(\,^{231}\mathrm{Pa}\) (demi-vie de 32 760 ans) est un maillon clé dans la chaîne de désintégration de l'uranium-235. Sa présence en traces infimes dans les minéraux d'uranium et les sédiments marins sert d'outil géochronologique puissant. Le rapport \(\,^{231}\mathrm{Pa}\)/\(\,^{235}\mathrm{U}\) est utilisé pour dater des processus géologiques sur des échelles de temps de l'ordre de 10 000 à 300 000 ans, complémentaire du couple thorium-230/uranium-238.

Histoire de la découverte du protactinium

L'histoire du protactinium est marquée par sa fugacité. En 1913, les physiciens Kasimir Fajans (1887-1975) et Oswald Helmuth Göhring (1889-1915) découvrirent un nouvel élément à vie courte dans la chaîne de désintégration de l'uranium-238. Ils le nommèrent "brevium" (du latin brevis, court) en référence à sa courte demi-vie (1,17 minute pour l'isotope 234mPa). Cependant, le véritable élément 91, avec un isotope à vie plus longue, fut isolé plus tard. En 1917-1918, deux groupes de scientifiques le découvrirent indépendamment: Lise Meitner (1878-1968) et Otto Hahn (1879-1968) en Allemagne, et Frederick Soddy (1877-1956) et John Cranston (1891-1972) au Royaume-Uni. Ils l'identifièrent dans la chaîne de l'uranium-235 et lui donnèrent le nom de "protactinium" (du grec protos, premier, et actinium), car il se désintègre en actinium-227. Il fallut attendre 1934 pour que Aristid von Grosse (1905-1985) isole pour la première fois 2 mg d'oxyde de protactinium pur (Pa2O5) à partir de 5,6 tonnes de pechblende, un exploit de radiochimie.

N.B. :

Le protactinium est l'un des derniers éléments naturels à avoir été découvert: pendant des décennies, il fut l'élément naturel le plus rare et le plus cher au monde. Avant les années 1960, les stocks mondiaux ne dépassaient pas quelques centaines de grammes, issus du retraitement de tonnes de résidus d'uranium. Son prix était astronomique. Ce n'est qu'avec l'avènement de l'industrie nucléaire à grande échelle et le traitement de quantités massives de combustibles usés que des kilogrammes de protactinium ont pu être isolés.

Structure et propriétés fondamentales du protactinium

Le protactinium (symbole Pa, numéro atomique 91) est un actinide, situé entre le thorium et l'uranium. C'est un métal dense, malléable, de couleur gris argenté brillant qui ternit lentement à l'air en formant un oxyde protecteur. Il présente une structure cristalline complexe (quadratique centrée à température ambiante). Sa chimie est particulièrement riche et complexe pour un actinide précoce, présentant principalement l'état d'oxydation +5 (Pa5+), mais aussi le +4 (Pa4+) de manière stable, et parfois le +3 dans certains composés. C'est cette dualité qui le rend unique parmi ses voisins immédiats. Tous ses isotopes sont radioactifs.
Densité: 15,37 g/cm³.
Température de fusion: ≈ 1841 K (1568 °C).
Température d'ébullition: ≈ 4300 K (≈ 4027 °C, estimation).

Tableau des isotopes significatifs du protactinium

Isotopes clés du protactinium (propriétés et rôles)
Isotope / NotationProtons (Z)Neutrons (N)Masse atomique (u)Abondance naturelleDemi-vie / StabilitéMode de désintégration principal / Remarques
Protactinium-231 — \(\,^{231}\mathrm{Pa}\,\)91140231,035884 uTrace (dans l'uranium-235)32 760 ansα (100%). Isotope naturel le plus stable. Maillon crucial dans la chaîne de l'235U. Outil de datation géologique (rapport 231Pa/235U).
Protactinium-234m — \(\,^{234m}\mathrm{Pa}\)91143234,043308 uTrace (dans l'uranium-238)1,17 minuteβ– (99,84%) et IT (0,16%). Isomère métastable. Fils de l'uranium-238 via le thorium-234. Découvert en premier ("brevium").
Protactinium-233 — \(\,^{233}\mathrm{Pa}\)91142233,040247 uNon naturel (synthétique)26,967 joursβ– (100%). Isotope clé du cycle du thorium. Produit par capture neutronique sur le 232Th. Il se désintègre en uranium-233 fissile.
Protactinium-230 — \(\,^{230}\mathrm{Pa}\)91139230,034541 uNon naturel (synthétique)17,4 joursβ– et ε. Produit en accélérateur. Études de chimie fondamentale et propriétés nucléaires.

Configuration électronique et chimie complexe du protactinium

N.B. :

Les couches électroniques: Comment les électrons s'organisent autour du noyau (nouvelle fenêtre).

Le protactinium possède 91 électrons. Sa configuration électronique fondamentale est [Rn] 5f2 6d1 7s2. C'est le premier actinide où les orbitales 5f commencent à être peuplées de manière non ambiguë dans l'état fondamental, marquant une transition dans la série. Cette configuration lui confère une chimie duale unique: il présente de manière stable les états d'oxydation +5 et +4, et dans une moindre mesure le +3. En solution aqueuse, Pa(V) est l'état le plus stable, existant généralement sous forme de l'ion oxycation PaO2+. L'ion Pa(IV) est stable en milieu non oxydant. Cette dualité rend sa chimie en solution complexe et très dépendante du potentiel d'oxydo-réduction et du pH.

Chimie en solution et complexation

La chimie du protactinium est dominée par sa forte tendance à l'hydrolyse et à la formation de complexes polynucléaires ou colloïdaux, surtout à l'état Pa(V). Cela rend son comportement en solution difficile à prédire et à manipuler expérimentalement. Il forme des complexes stables avec des anions comme les fluorures, les oxalates et les carbonates. La séparation chimique du protactinium des autres actinides (notamment du thorium, de l'uranium et du neptunium) est un défi majeur en radiochimie, exploitant souvent des différences subtiles dans le comportement des états +4 et +5, ou l'utilisation de solvants spécifiques comme le méthylisobutylcétone (MIBK).

État solide et composés

À l'état solide, le protactinium forme principalement des composés aux états +5 et +4. L'oxyde blanc Pa2O5 est le plus stable. Il existe aussi des oxydes mixtes (PaO2) et des halogénures variés (PaF5, PaCl4, PaBr4, etc.). Le pentachlorure de protactinium (PaCl5) est un solide jaune utilisé comme point de départ pour la synthèse d'autres composés. La complexité de sa chimie à l'état solide reflète la richesse de sa configuration électronique de transition.

Applications du protactinium

Production et disponibilité

Le protactinium n'existe pas en gisements exploitables. Il est toujours produit comme sous-produit de l'extraction et du traitement de l'uranium. Il se concentre dans les résidus (tailings) des usines de traitement du minerai d'uranium. La source la plus importante pour en obtenir des quantités pondérables (de l'ordre du gramme au kilogramme) est le retraitement des combustibles nucléaires usés, où il s'accumule comme produit de fission et d'activation. L'isolement du protactinium à partir de ces matrices complexes est un processus long et coûteux, impliquant une succession d'étapes de précipitation, d'extraction par solvant et de chromatographie ionique. Il n'y a pas de marché commercial pour le protactinium ; sa production est uniquement motivée par des besoins de recherche scientifique ou de développement technologique spécifique. Son coût, s'il était commercialisé, serait extrêmement élevé.

Aspects de sécurité et de radioprotection

Le protactinium est un élément hautement radioactif et toxique. L'isotope 231Pa, le plus pertinent sur le long terme, est un émetteur alpha pur. Comme pour les autres émetteurs alpha, le danger principal est l'incorporation interne (inhalation, ingestion). Une fois dans l'organisme, il se fixe préférentiellement dans les os (comportement chimique similaire à celui de l'actinium et du thorium), où sa désintégration alpha irradie les cellules de la moelle osseuse de manière très localisée et dommageable, augmentant fortement le risque de cancer. Sa manipulation, même à l'état de traces, nécessite impérativement des installations sous atmosphère contrôlée (boîtes à gants étanches ou cellules blindées) pour éviter toute contamination de l'opérateur ou de l'environnement. Le stockage se fait sous forme chimiquement stable (généralement l'oxyde ou un sel insoluble) dans des conteneurs scellés et blindés.

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