Le niobium fut découvert en 1801 par le chimiste britannique Charles Hatchett (1765-1847) qui l'appela columbium en l'honneur de l'Amérique. En 1844, le chimiste allemand Heinrich Rose (1795-1864) démontra que les minéraux contenant du tantale renfermaient un second élément distinct, qu'il nomma niobium en référence à Niobé, fille de Tantale dans la mythologie grecque.
Une controverse de nomenclature opposa pendant plus d'un siècle les chimistes européens (favorables au nom niobium) et américains (préférant columbium). Ce n'est qu'en 1950 que l'IUPAC adopta officiellement le nom niobium. L'isolement du niobium métallique pur fut réalisé en 1864 par Christian Wilhelm Blomstrand.
Le niobium (symbole Nb, numéro atomique 41) est un métal de transition du groupe 5 de la classification périodique. Son atome possède 41 protons, généralement 52 neutrons (pour l'unique isotope stable \(\,^{93}\mathrm{Nb}\)) et 41 électrons avec la configuration électronique [Kr] 4d⁴ 5s¹.
Le niobium est un métal brillant, gris-blanc avec des reflets légèrement bleutés. Il possède une densité de 8,57 g/cm³ et est relativement mou et ductile. Il cristallise dans une structure cubique centrée (cc) à toutes températures. Le niobium fond à 2477 °C (2750 K) et bout à 4744 °C (5017 K).
La propriété la plus remarquable du niobium est sa supraconductivité. Il devient supraconducteur en dessous de 9,2 K (-263,95 °C), la température critique la plus élevée de tous les éléments métalliques purs. Cette propriété fait du niobium le matériau de base pour la plupart des applications supraconductrices industrielles.
Le point de fusion du niobium : 2750 K (2477 °C).
Le point d'ébullition du niobium : 5017 K (4744 °C).
La température critique supraconductrice : 9,2 K (-263,95 °C).
| Isotope / Notation | Protons (Z) | Neutrons (N) | Masse atomique (u) | Abondance naturelle | Demi-vie / Stabilité | Désintégration / Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Niobium-93 — \(\,^{93}\mathrm{Nb}\,\) | 41 | 52 | 92,906378 u | 100 % | Stable | Seul isotope stable du niobium. Le niobium est un élément mononucléidique. |
| Niobium-92 — \(\,^{92}\mathrm{Nb}\,\) | 41 | 51 | 91,907194 u | Synthétique | ≈ 3,47 × 10⁷ ans | Radioactif (capture électronique). Isotope éteint utilisé en cosmochimie pour dater le système solaire primitif. |
| Niobium-94 — \(\,^{94}\mathrm{Nb}\,\) | 41 | 53 | 93,907283 u | Synthétique | ≈ 2,03 × 10⁴ ans | Radioactif (β⁻). Produit par rayons cosmiques, utilisé pour dater l'exposition des météorites. |
| Niobium-95 — \(\,^{95}\mathrm{Nb}\,\) | 41 | 54 | 94,906835 u | Synthétique | ≈ 35,0 jours | Radioactif (β⁻). Produit de fission important. Utilisé comme traceur en recherche. |
N.B. :
Couches électroniques : Comment les électrons sont organisés autour du noyau.
Le niobium possède 41 électrons répartis sur cinq couches électroniques. Sa configuration électronique complète est : 1s² 2s² 2p⁶ 3s² 3p⁶ 3d¹⁰ 4s² 4p⁶ 4d⁴ 5s¹, ou de manière simplifiée : [Kr] 4d⁴ 5s¹. Cette configuration peut également s'écrire : K(2) L(8) M(18) N(12) O(1).
Couche K (n=1) : contient 2 électrons dans la sous-couche 1s. Cette couche interne est complète et très stable.
Couche L (n=2) : contient 8 électrons répartis en 2s² 2p⁶. Cette couche est également complète, formant une configuration de gaz noble (néon).
Couche M (n=3) : contient 18 électrons répartis en 3s² 3p⁶ 3d¹⁰. Cette couche complète contribue à l'écran électronique.
Couche N (n=4) : contient 12 électrons répartis en 4s² 4p⁶ 4d⁴. Les quatre électrons 4d sont des électrons de valence.
Couche O (n=5) : contient 1 électron dans la sous-couche 5s. Cet électron est également un électron de valence.
Le niobium possède 5 électrons de valence : quatre électrons 4d⁴ et un électron 5s¹. L'état d'oxydation le plus courant et le plus stable est +5, où le niobium forme l'ion Nb⁵⁺. Le pentoxyde de niobium (Nb₂O₅) est le composé le plus important. Des états d'oxydation +4, +3, +2 et +1 existent dans des composés moins stables. L'électronégativité du niobium (1,6 sur l'échelle de Pauling) est modérée.
À température ambiante, le niobium est remarquablement résistant à la corrosion grâce à une fine couche d'oxyde protectrice (Nb₂O₅). Il s'oxyde significativement au-dessus de 200 °C et peut brûler dans l'oxygène pur au-dessus de 400 °C : 4Nb + 5O₂ → 2Nb₂O₅.
Le niobium réagit avec les halogènes à température élevée pour former des pentahalogénures : 2Nb + 5X₂ → 2NbX₅. Il résiste à la plupart des acides grâce à sa couche d'oxyde, mais est attaqué par l'acide fluorhydrique qui dissout cette couche protectrice. Le niobium absorbe l'hydrogène de manière réversible et forme des alliages avec de nombreux métaux, notamment les alliages supraconducteurs Nb-Ti.
Le niobium est au cœur de la technologie des supraconducteurs. L'alliage niobium-titane (Nb-Ti, 47% Ti) est le matériau supraconducteur le plus utilisé au monde, devenant supraconducteur en dessous de 10 K et supportant des champs magnétiques jusqu'à 15 teslas. Plus de 1000 tonnes de Nb-Ti sont produites annuellement pour les IRM médicaux, les spectromètres RMN et les accélérateurs de particules.
Le Grand collisionneur de hadrons (LHC) au CERN utilise environ 1200 tonnes de niobium dans ses aimants supraconducteurs. Les 1232 aimants dipolaires, refroidis à 1,9 K par de l'hélium superfluide, génèrent des champs de 8,3 teslas pour guider les faisceaux de protons. Les cavités résonantes RF du LHC, fabriquées en niobium pur ultra-pur et refroidies à 2 K, accélèrent les particules avec une efficacité énergétique remarquable.
Pour les champs magnétiques plus intenses (jusqu'à 25-30 teslas), le composé Nb₃Sn est utilisé malgré sa fragilité et sa complexité de fabrication. Sa température critique de 18,3 K est la plus élevée des supraconducteurs métalliques conventionnels.
Environ 85% de la production mondiale de niobium est destinée aux aciers. L'ajout de quantités minimes (0,01 à 0,1%) de niobium aux aciers produit des améliorations spectaculaires de leurs propriétés mécaniques. Le niobium forme des carbonitrures finement dispersés qui affinent la taille de grain et augmentent considérablement la résistance tout en conservant la ductilité et la soudabilité.
Les aciers HSLA micro-alliés au niobium sont utilisés massivement dans les pipelines de transport de pétrole et gaz, les structures automobiles (réduction de poids et amélioration de la sécurité), et la construction. Ces applications représentent plusieurs millions de tonnes d'acier au niobium produites annuellement. Les aciers inoxydables stabilisés au niobium (types 347 et 348) résistent à la corrosion intergranulaire dans l'industrie chimique et nucléaire.
Le niobium est synthétisé dans les étoiles principalement par le processus r (capture rapide de neutrons) lors de supernovae de type II et de fusions d'étoiles à neutrons. L'abondance cosmique du niobium est extrêmement faible, environ 7×10⁻¹¹ fois celle de l'hydrogène, en faisant l'un des éléments les plus rares de l'univers.
Le niobium-92, isotope radioactif à très longue période (34,7 millions d'années), présent lors de la formation du système solaire mais aujourd'hui totalement désintégré, a été détecté indirectement dans certaines météorites primitives. Le rapport initial ⁹²Nb/⁹³Nb fournit des contraintes sur le délai entre la nucléosynthèse et la formation des premiers solides du système solaire.
Les raies spectrales du niobium sont extrêmement difficiles à observer dans les spectres stellaires en raison de sa très faible abondance cosmique. Des raies de niobium ont néanmoins été détectées dans quelques étoiles ultra-enrichies en éléments du processus r, permettant de tester les modèles de nucléosynthèse lors d'événements cataclysmiques.
N.B. :
Le niobium est présent dans la croûte terrestre à une concentration moyenne d'environ 0,0020% en masse (20 ppm), comparable au lithium. Le principal minerai est la pyrochlore (NaCaNb₂O₆F) contenant 55-65% de Nb₂O₅. Le Brésil domine la production mondiale avec 85-90% de l'offre, principalement de la mine d'Araxá qui produit plus de 150 000 tonnes de ferronium par an.
Le niobium métallique est produit par aluminothermie pour le ferronium, ou par réduction magnésothermique du pentachlorure (NbCl₅) pour le niobium de haute pureté destiné aux applications supraconductrices. La production mondiale totale est d'environ 100 000 tonnes de niobium contenu par an. Le prix du ferronium varie entre 40 et 50 dollars par kilogramme, tandis que le niobium de haute pureté atteint 200-400 dollars par kilogramme.
Le niobium est considéré comme un matériau critique par l'Union européenne et les États-Unis en raison de son importance stratégique pour les industries de l'acier, de l'aérospatiale et de l'énergie, combinée à la forte concentration géographique de sa production au Brésil. La demande mondiale croît régulièrement de 3-5% par an.