Le lanthane est un élément produit principalement par le processus s (capture lente de neutrons) dans les étoiles de la branche asymptotique des géantes (AGB). C'est le premier élément de la série des lanthanides (terres rares), et sa synthèse marque le début du remplissage de la sous-couche électronique 4f. Il est également produit en quantités significatives par le processus r (capture rapide de neutrons) lors d'événements explosifs comme les supernovae et les fusions d'étoiles à neutrons. La contribution relative des processus s et r à son abondance solaire est d'environ 70% pour le processus s et 30% pour le processus r, ce qui en fait un bon traceur des conditions de nucléosynthèse.
L'abondance cosmique du lanthane est d'environ 2,0×10⁻¹¹ fois celle de l'hydrogène en nombre d'atomes, ce qui le rend significativement plus abondant que les éléments lourds comme l'or ou le platine, mais moins que le fer. C'est l'un des terres rares les plus abondants, avec le cérium et le néodyme. Sa présence dans les spectres stellaires est utilisée pour déterminer l'abondance des terres rares et la métallicité des étoiles, notamment dans les étoiles anciennes riches en éléments produits par le processus s.
Dans les sciences de la Terre, les rapports d'abondance des terres rares, avec le lanthane comme élément de référence, constituent des outils diagnostiques puissants. Le "spectre" des terres rares (diagramme de normalisation aux chondrites) révèle des processus géologiques comme la fusion partielle, la cristallisation fractionnée, ou l'altération météoritique. Le lanthane, étant le plus léger, est relativement plus incompatible (préfère le liquide magmatique) que ses homologues plus lourds. Cette variation systématique permet de retracer l'histoire des roches et des planètes.
Les météorites chondritiques, considérées comme les briques primitives du système solaire, présentent une abondance en terres rares quasi-identique à celle du Soleil, avec le lanthane servant de point de calibration. Les anomalies en terres rares dans certaines météorites différenciées (comme les eucrites) témoignent de processus de différenciation planétaire précoces. L'étude isotopique du baryum et du lanthane aide également à comprendre la chronologie de la nucléosynthèse présolaire.
Le lanthane tire son nom du verbe grec ancien λανθάνω (lanthánō), qui signifie "être caché, échapper à l'attention". Ce nom a été choisi par son découvreur, Carl Gustaf Mosander, en 1839, car l'élément était "caché" (ou difficile à séparer) dans un minerai de cérite, dont on avait déjà extrait le cérium. Ce choix reflète bien la difficulté historique à isoler les terres rares, très similaires chimiquement les unes aux autres.
En 1839, le chimiste suédois Carl Gustaf Mosander (1797-1858) travaillait sur l'oxyde de cérium, supposé pur. En traitant le nitrate de cérium par un acide dilué et en le chauffant, il obtint un nouvel oxyde de couleur terreuse, qu'il nomma "lanthana". Il avait ainsi isolé le lanthane, découvrant par la même occasion que le "cérium" de l'époque était en fait un mélange d'au moins deux éléments : le cérium et le lanthane. Cette découverte marqua le début de la séparation systématique des terres rares.
L'isolement du lanthane métallique pur fut une tâche ardue en raison de sa grande réactivité et de sa similarité avec les autres terres rares. Le métal relativement pur fut produit pour la première fois en 1923 par H. Kremers et R. Stevens, par électrolyse d'un mélange fondu de chlorures. Ce n'est qu'avec le développement de techniques d'échange ionique et de solvants extractifs au milieu du XXe siècle que la production de lanthane de haute pureté devint industrielle.
Le lanthane n'existe pas à l'état natif. Il est présent dans de nombreux minéraux de terres rares, principalement :
Les principaux pays producteurs sont la Chine (qui domine largement la production et le raffinage), les États-Unis (mine de Mountain Pass), l'Australie et la Russie. La production annuelle est de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de tonnes (en équivalent oxyde). Bien que classé parmi les "terres rares", le lanthane est relativement abondant dans la croûte terrestre (environ 35 ppm), plus que le plomb ou l'étain. Son prix est modéré pour une terre rare, mais sujet à des fluctuations en fonction de la politique chinoise d'exportation et de la demande technologique.
Le lanthane (symbole La, numéro atomique 57) est un élément de transition interne, traditionnellement placé comme premier élément de la série des lanthanides (terres rares) dans le tableau périodique, bien que sa configuration électronique ne possède pas d'électron 4f (cette sous-couche est vide). Il appartient au groupe 3 avec le scandium et l'yttrium. Son atome possède 57 protons, généralement 82 neutrons (pour l'isotope stable \(^{139}\mathrm{La}\)) et 57 électrons avec la configuration électronique [Xe] 5d¹ 6s². Cette configuration avec un électron 5d le distingue des lanthanides suivants qui remplissent la sous-couche 4f.
Le lanthane est un métal blanc argenté, malléable, ductile et assez mou. Il est très réactif et s'oxyde rapidement à l'air.
Le lanthane présente un point de fusion de 918 °C (1191 K) et un point d'ébullition de 3464 °C (3737 K). Il existe sous deux formes allotropiques : la forme α (double hexagonale compacte) stable jusqu'à 310 °C, et la forme β (cubique à faces centrées) stable de 310 °C jusqu'au point de fusion. Cette transition affecte ses propriétés mécaniques et électriques.
Le lanthane est un métal très électropositif et réactif, semblable aux métaux alcalino-terreux. Il s'oxyde rapidement à l'air pour former La₂O₃. Il réagit avec l'eau (même froide) pour dégager de l'hydrogène et former de l'hydroxyde La(OH)₃. Il se dissout facilement dans la plupart des acides. Sa réactivité nécessite de le conserver sous atmosphère inerte ou sous huile minérale.
Densité : 6,162 g/cm³.
Point de fusion : 1191 K (918 °C).
Point d'ébullition : 3737 K (3464 °C).
Structure cristalline (à 20°C) : Double hexagonale compacte (DH).
État d'oxydation principal : +3.
Configuration électronique : [Xe] 5d¹ 6s².
| Isotope / Notation | Protons (Z) | Neutrons (N) | Masse atomique (u) | Abondance naturelle | Demi-vie / Stabilité | Désintégration / Remarques |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Lanthane-138 — \(^{138}\mathrm{La}\) | 57 | 81 | 137,907112 u | ≈ 0,090 % | 1,02×10¹¹ ans | Radioactif primordiaux. Se désintègre par capture électronique (66%) en \(^{138}\mathrm{Ba}\) et par désintégration β⁻ (34%) en \(^{138}\mathrm{Ce}\). Isotope utilisé en géochronologie La-Ba et La-Ce. |
| Lanthane-139 — \(^{139}\mathrm{La}\) | 57 | 82 | 138,906353 u | ≈ 99,910 % | Stable | Isotope stable et majoritaire. Représente la quasi-totalité du lanthane naturel. Utilisé comme référence pour les mesures isotopiques. |
N.B. :
Couches électroniques : Comment les électrons sont organisés autour du noyau.
Le lanthane possède 57 électrons répartis sur six couches électroniques. Sa configuration électronique [Xe] 5d¹ 6s² présente une particularité : la sous-couche 4f est vide (0 électron), tandis qu'un électron célibataire occupe la sous-couche 5d, avec les deux électrons de la couche 6s. Cela peut également s'écrire : K(2) L(8) M(18) N(18) O(9) P(2), ou de manière complète : 1s² 2s² 2p⁶ 3s² 3p⁶ 3d¹⁰ 4s² 4p⁶ 4d¹⁰ 5s² 5p⁶ 5d¹ 6s². Cette configuration atypique (5d¹ au lieu de 4f¹) en fait un cas à part dans les lanthanides.
Couche K (n=1) : contient 2 électrons (1s²).
Couche L (n=2) : contient 8 électrons (2s² 2p⁶).
Couche M (n=3) : contient 18 électrons (3s² 3p⁶ 3d¹⁰).
Couche N (n=4) : contient 18 électrons (4s² 4p⁶ 4d¹⁰). La sous-couche 4f est vide.
Couche O (n=5) : contient 9 électrons (5s² 5p⁶ 5d¹).
Couche P (n=6) : contient 2 électrons (6s²).
Le lanthane possède 3 électrons de valence : les deux électrons 6s² et l'électron 5d¹. Il perd facilement ces trois électrons pour atteindre la configuration stable du xénon (Xe), ce qui explique son unique et très stable état d'oxydation : +3 (La³⁺). Les ions La³⁺ sont incolores (pas d'électrons f) et possèdent un rayon ionique important, ce qui influence fortement leur chimie de coordination et leur comportement géochimique (fort caractère incompatible).
Contrairement à certains lanthanides, le lanthane ne présente pratiquement pas d'états d'oxydation +2 ou +4, car la configuration La²+ (4f¹) ou La⁴+ (4f⁻¹) serait très instable. Sa chimie est donc dominée par le cation trivalent La³⁺, qui forme des composés ioniques typiques (oxyde, hydroxyde, halogénures, sels).
Le lanthane métallique s'oxyde rapidement à l'air à température ambiante, formant une couche d'oxyde La₂O₃. Lorsqu'il est chauffé, il brûle vigoureusement pour former le même oxyde : 4La + 3O₂ → 2La₂O₃. La₂O₃ est un oxyde basique blanc qui réagit avec l'eau pour former l'hydroxyde La(OH)₃ et absorbe facilement le dioxyde de carbone de l'air pour former du carbonate.
Le lanthane réagit avec l'eau froide, et plus rapidement avec l'eau chaude, pour dégager de l'hydrogène et former l'hydroxyde insoluble La(OH)₃ : 2La + 6H₂O → 2La(OH)₃ + 3H₂. Il se dissout rapidement dans les acides minéraux dilués (HCl, H₂SO₄, HNO₃) pour former les sels correspondants de La³⁺ et dégager de l'hydrogène (sauf avec HNO₃ où des oxydes d'azote se forment).
Le lanthane réagit avec tous les halogènes pour former des trihalogénures : 2La + 3X₂ → 2LaX₃ (X = F, Cl, Br, I). Le fluorure LaF₃ est particulièrement insoluble dans l'eau. Il réagit également avec l'azote à haute température pour former le nitrure LaN, avec le carbone pour former le carbure LaC₂, avec le soufre pour former le sulfure La₂S₃, et avec l'hydrogène pour former l'hydrure LaH₂/LaH₃.
C'est la plus grande application du lanthane. L'oxyde de lanthane (La₂O₃) est ajouté aux zéolithes (zéolithe Y) utilisées dans les unités de craquage catalytique fluidisé (FCC) des raffineries. Son rôle est double :
Sans lanthane, l'efficacité du raffinage du pétrole serait significativement réduite.
Les alliages à base de lanthane (du type LaNi₅ ou des alliages plus complexes de terres rares, le "mischmétal") constituent le matériau de l'électrode négative (anode) des batteries NiMH. Ces alliages absorbent et désorbent réversiblement de grandes quantités d'hydrogène. Les batteries NiMH, plus sûres et plus écologiques que les Ni-Cd, ont équipé des générations de véhicules hybrides (comme la Toyota Prius), d'outils sans fil et d'appareils électroniques. Bien que supplantées par le Li-ion dans de nombreux domaines, elles restent importantes pour certaines applications.
Les alliages LaNi₅ sont également étudiés pour le stockage solide de l'hydrogène en raison de leur capacité à l'absorber. De plus, l'oxyde de lanthane entre dans la composition de catalyseurs pour la production d'hydrogène par reformage à la vapeur du méthane ou de biocarburants.
L'oxyde de lanthane (La₂O₃) est un composant essentiel de certains verres optiques dits "à haute teneur en terres rares" ou "verres au lanthane". Ces verres présentent un indice de réfraction très élevé et une dispersion (nombre d'Abbe) faible. Ces propriétés permettent de fabriquer des lentilles d'objectif performantes, légères et compactes, corrigeant les aberrations chromatiques. On les trouve dans les objectifs d'appareils photo professionnels, les télescopes, les microscopes et les instruments de photolithographie.
Le bromure de lanthane dopé au cérium (LaBr₃:Ce) est un matériau scintillateur révolutionnaire. Il convertit les rayonnements gamma ou X en lumière visible avec une résolution énergétique exceptionnelle, bien supérieure à celle des scintillateurs classiques (NaI:Tl). Il est utilisé dans la détection de matières radioactives (sécurité, géophysique), l'imagerie médicale et la physique nucléaire.
Le titanate de lanthane (La₂Ti₂O₇) et les matériaux dérivés présentent des propriétés ferroélectriques ou piézoélectriques intéressantes pour les condensateurs, capteurs et mémoires non volatiles.
Le mischmétal (de l'allemand "Mischmetall", "métal mixte") est un alliage de terres rares naturel, contenant typiquement environ 50% de cérium, 25-40% de lanthane, 10-15% de néodyme et de petites quantités d'autres terres rares et de fer. C'est un sous-produit économique du raffinage des terres rares. Le lanthane y contribue à la malléabilité et aux propriétés pyrophoriques.
Le lanthane et ses composés sont considérés comme ayant une toxicité faible à modérée, surtout par rapport à d'autres métaux lourds. Cependant :
Le métal lui-même est pyrophorique sous forme de poudre fine et doit être manipulé sous atmosphère inerte.
Le lanthane est naturellement présent dans l'environnement à de faibles concentrations. L'activité minière et le raffinage des terres rares peuvent générer des déchets (résidus miniers, boues de traitement) contenant du lanthane et d'autres éléments, parfois avec de la radioactivité naturelle (thorium, uranium) associée aux minerais comme la monazite. La gestion de ces déchets est un enjeu environnemental majeur. Le lanthane n'est pas considéré comme un polluant majeur en raison de sa faible mobilité dans les sols et de sa faible toxicité.
Le recyclage du lanthane devient crucial avec la croissance de son utilisation. Les principales sources de recyclage potentielles sont :
Le recyclage est techniquement faisable (par des procédés hydrométallurgiques) mais est souvent entravé par la collecte, la logistique et la rentabilité économique fluctuante.
Le lanthane reste un élément stratégique pour la transition énergétique :
Les défis principaux restent la diversification de l'approvisionnement en dehors de la Chine, l'amélioration de l'efficacité d'utilisation et le développement de filières de recyclage robustes.