La température humide est un indicateur physique qui combine la température de l'air et l'humidité relative. Contrairement à la température sèche que nous lisons habituellement sur nos thermomètres, la température humide reflète la capacité réelle de l'air à absorber et évacuer la chaleur du corps humain par évaporation.
Cette mesure est cruciale pour comprendre les limites physiologiques du corps humain. En effet, notre organisme maintient une température interne d'environ 37°C grâce à la transpiration : lorsque la sueur s'évapore à la surface de la peau, elle emporte avec elle de l'énergie thermique, nous refroidissant ainsi. Mais ce mécanisme d'évaporation ne fonctionne que si l'air environnant n'est pas déjà saturé en vapeur d'eau.
Le concept de température humide a été formalisé au 19e siècle avec l'invention du psychromètre, un instrument composé de deux thermomètres : l'un à bulbe sec et l'autre à bulbe humide enveloppé d'une mèche imbibée d'eau. La différence de température entre les deux permet de déterminer l'humidité relative de l'air et d'en déduire la température humide, un indicateur essentiel pour évaluer le stress thermique.
La recherche scientifique a établi qu'une température humide de 35°C représente une limite théorique absolue pour la survie humaine. À ce seuil, même une personne en parfaite santé, au repos complet, à l'ombre et avec un accès illimité à l'eau, ne peut plus évacuer la chaleur produite par son métabolisme de base. Cette limite peut être atteinte par différentes combinaisons de température sèche et d'humidité relative. La chaleur devient mortelle bien avant d'atteindre des températures extrêmes lorsque l'humidité est élevée.
| Température (°C) | Humidité relative (%) | Durée de supportabilité | Commentaire |
|---|---|---|---|
| 35°C | 100% | 6-8 heures max | Limite théorique de survie absolue |
| 35°C | 70% | Plusieurs heures à 1 journée | Inconfort modéré, repos et hydratation nécessaire |
| 40°C | 90% | 1-2 heures | Danger immédiat, risque élevé de coup de chaleur |
| 40°C | 60% | 3-4 heures | Stress thermique sévère, risque de coup de chaleur |
| 40°C | 30% | 6-8 heures | Tolérable au repos avec hydratation adéquate |
| 45°C | 70% | 1-2 heures | Danger immédiat |
| 45°C | 40% | 2 heures | Limite même pour personnes acclimatées |
| 45°C | 20% | 2-3 heures | Conditions désertiques extrêmes, déshydratation rapide |
| 50°C | 50% | 30-60 minutes | Stress thermique sévère, évacuation urgente |
| 50°C | 30% | 1-2 heures | Danger mortel même au repos, perte de conscience possible |
| 50°C | 10% | 2-3 heures | Extrême aridité, brûlures respiratoires, déshydratation critique |
Le réchauffement climatique amplifie dangereusement la fréquence et l'intensité des épisodes de chaleur humide extrême. Les régions tropicales et subtropicales côtières figurent parmi les plus vulnérables, car elles conjuguent des températures élevées et une forte humidité atmosphérique, une combinaison particulièrement meurtrière pour l'organisme humain.
Les projections climatiques identifient plusieurs zones critiques où le seuil de 35°C de température humide pourrait être régulièrement franchi d'ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. Le golfe Persique arrive en tête de cette liste préoccupante : les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et certaines régions côtières d'Iran connaissent déjà des pics ponctuels approchant ce seuil mortel. Le sous-continent indien représente une autre zone d'inquiétude majeure, avec le Pakistan, l'Inde et le Bangladesh qui subissent des vagues de chaleur de plus en plus intenses. Le delta du Gange, densément peuplé, combine une humidité extrême et des températures caniculaires pendant la mousson pré-estivale.
L'Asie du Sud-Est, notamment la Thaïlande, le Vietnam, les Philippines et l'Indonésie, présente également une vulnérabilité croissante, tout comme la région de la mer Rouge et la Corne de l'Afrique. Le nord de l'Australie, certaines zones côtières d'Amérique centrale et des Caraïbes, ainsi que le sud des États-Unis complètent cette géographie du risque.
Les données récentes confirment l'aggravation du phénomène. En 2021, la ville pakistanaise de Jacobabad a enregistré une température humide de 34°C, frôlant le seuil de survie humaine. La même année, le dôme de chaleur qui a frappé le nord-ouest du Pacifique a provoqué des centaines de décès au Canada et aux États-Unis, notamment en Colombie-Britannique où la température sèche a dépassé les 49°C à Lytton. Bien que les températures humides y soient restées légèrement en deçà de 35°C, la mortalité massive témoigne de la létalité de ces événements, même sans atteindre la limite théorique absolue.
Les modèles climatiques prévoient une augmentation alarmante des événements de chaleur humide extrême au cours de ce siècle. Selon le GIEC, dans un scénario de réchauffement de +2°C par rapport à l'ère préindustrielle, des milliards de personnes pourraient être régulièrement exposées à des températures humides dépassant 31°C.
Avec un réchauffement de +3°C ou plus, certaines régions densément peuplées pourraient connaître des températures humides atteignant ou dépassant 35°C pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours consécutifs. Une telle situation rendrait ces zones tout simplement inhabitables sans climatisation permanente.
Une étude publiée dans Nature en 2023 estime que d'ici 2100, dans le pire scénario (+4°C), jusqu'à 1,2 milliard de personnes pourraient vivre dans des zones exposées chaque année à au moins un événement de chaleur humide mortel. Ces projections excluent les capacités d'adaptation technologiques, mais soulignent l'ampleur potentielle de la crise.
Source : Science Advances – The emergence of heat and humidity too severe for human tolerance (Colin Raymond et al., 2020), NCBI – Evaluating the 35°C wet-bulb temperature adaptability threshold (PSU HEAT Project), NCBI – Greatly enhanced risk to humans as a consequence of empirically determined lower moist heat stress tolerance, NCBI – Temperature and humidity based projections of a rapid rise in global heat stress exposure, GIEC (IPCC) – Rapports sur le changement climatique, Nature Scientific Data – Daily Max Simplified Wet-Bulb Globe Temperature dataset (1940-2022), NOAA Climate.gov – Brief periods of dangerous humid heat arrive decades early.