En physique classique, on considérait la causalité (le fait qu'une cause précède toujours son effet) comme une règle imposée sur l'espace et le temps. La vision d'Albert Einstein (1879-1955) a tout changé.
Dans la relativité restreinte et générale, l’espace-temps n’est pas un simple décor : il est organisé de manière à garantir que les relations de cause à effet respectent toujours un ordre logique. Cette organisation se matérialise par un objet géométrique fondamental : le cône de lumière. Il délimite, autour de chaque événement, les zones où les causes peuvent agir et où les effets peuvent se produire, en interdisant toute interaction qui violerait la vitesse de la lumière, et donc, la chronologie causale.
Chaque point de l’espace-temps, chaque instant de l’Univers, s’inscrit au sommet d’un double cône de lumière, structurant ainsi les limites de son influence passée et future.
Imaginez un événement (comme l'allumage d'une lampe torche dans l'espace). Le cône de lumière représente toutes les trajectoires possibles des rayons lumineux émis par cette source. Autrement dit, cette géométrie détermine ce qui est possible et impossible pour expliquer cet évènement. Si un événement est en dehors de vos cônes de lumière, il ne peut pas vous influencer et vous ne pouvez pas l'influencer. Il est causalement déconnecté de vous.
N.B. :
En relativité, les intervalles entre deux événements se classent en trois catégories fondamentales : type temps (à l’intérieur des cônes de lumière, où la causalité est possible), type lumière (sur la surface des cônes, accessible uniquement à la vitesse de la lumière), et type espace (l'« ailleurs », hors des cônes, où aucune interaction causale ne peut exister).
L'"ailleurs" (région de type espace) est le domaine de l'impossible causal. Chaque évènement a un "ailleurs". C'est la zone d'exclusion mutuelle entre les doubles cônes de deux événements qui sont trop éloignés dans l'espace par rapport au temps qui les sépare.
Ainsi, deux événements séparés par une région de type espace, ne peuvent pas être reliés par une cause ou un effet. Dans la région "ailleurs", envoyer un signal ou n'importe quel message, nécessiterait de dépasser la vitesse de la lumière, ce qui est impossible.
Un astronaute sur Mars (à environ 20 minutes-lumière) envoie un message radio à la Terre. Pendant les 20 minutes où le message voyage, l'astronaute et les contrôleurs terrestres vivent dans des « présents » causalement séparés. Ce que fait la Terre pendant ces 20 minutes ne peut pas affecter la décision de l'astronaute d'envoyer le message, et vice-versa. Ils sont temporairement dans leurs « ailleurs » respectifs et aucun ne peut être la cause de l’autre.
L’espace-temps est une immense toile tissée par des cônes de lumière entrelacés, où chaque événement, chaque instant, est le centre d’un double cône qui délimite son histoire et son futur possible. Un brouhaha organisé, où la géométrie même de l’Univers veille à ce que cause et effet ne se perdent jamais dans le chaos.
En ce sens, l’espace-temps se révèle à travers le réseau des événements : sans ces points d’ancrage où passé et futur s’entrelacent, l’Univers perdrait sa trame causale et sa signification physique.
Pour des événements qui sont liés causalement (l'un est dans le cône de lumière de l'autre), tous les observateurs s'accordent sur l'ordre d'apparition des événements : la cause précède toujours l'effet.
Pour des événements qui ne sont pas liés causalement, l'ordre peut s'inverser selon l'observateur.
La Terre et la Lune s'envoient, l'une vers l'autre, un faisceau laser exactement au même instant t=0. (Distance Terre-Lune : ~384 400 km, Vitesse de la lumière : ~300 000 km/s, Temps de trajet de la lumière : ~1,28 seconde).
Le principe selon lequel la cause précède toujours l’effet n’est pas une simple convention, mais une contrainte fondamentale de l’espace-temps. Les cônes de lumière, la relativité et la structure même de l’Univers en font une loi inviolable : sans cet ordre, la causalité s’effondrerait, et avec elle, notre capacité à comprendre le réel. En ce sens, la flèche du temps et la logique des événements ne sont pas des illusions, mais les piliers invisibles sur lesquels repose la cohérence du monde.