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Dernière mise à jour : 18 octobre 2026

CHEOS : dans les coulisses du système chinois d'observation de la Terre

Satellite Gaofen en orbite au-dessus de la Chine : observation haute résolution du territoire

Visualisation d'un satellite Gaofen de la constellation CHEOS survolant la Chine, capturant des images à haute résolution pour la surveillance des ressources, des catastrophes et de l'environnement. Les flux lumineux symbolisent les téraoctets de données générées quotidiennement par ce programme stratégique.
Source image : astronoo.com (nouvelle fenêtre) : image générée par IA, domaine public.

Résumé

Face à Copernicus, l'Europe a longtemps fait figure de pionnière en matière de données d'observation de la Terre ouvertes et gratuites. Mais la Chine a développé son propre écosystème : le China High-resolution Earth Observation System (CHEOS), dont les satellites Gaofen (« haute résolution » en chinois) constituent la pierre angulaire. Lancé officiellement en 2010, CHEOS est devenu en une décennie l'un des systèmes d'observation les plus complets au monde, combinant optique, radar et hyperspectral. Cet article explore les coulisses du programme : ses satellites, ses capacités techniques, ses applications concrètes et sa stratégie de déploiement international, à l'heure où la souveraineté des données géospatiales devient un enjeu géopolitique majeur.

La Chine peut-elle concurrencer Copernicus ?

Un programme né d'une ambition stratégique

Le CHEOS a été proposé dès 2006, avant d'être officiellement lancé comme l'un des grands projets scientifiques et technologiques nationaux de la Chine en mai 2010[reference:0]. Il est piloté par l'Administration spatiale nationale de Chine (CNSA) et le Centre de données et de systèmes d'observation de la Terre (EOSDC)[reference:1].

Contrairement à Copernicus, qui repose sur une politique de données ouvertes et gratuites, CHEOS a été conçu dès l'origine pour répondre à des besoins nationaux stratégiques : défense, enquête sur les ressources naturelles, réponse aux catastrophes et prévention[reference:2]. Cette différence de philosophie n'empêche pas le programme chinois d'être devenu un acteur incontournable de l'observation de la Terre à l'échelle mondiale.

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La constellation Gaofen : une flotte hétérogène

Des satellites aux capacités complémentaires

Le programme CHEOS a lancé avec succès sept satellites civils entre 2010 et 2020, tous baptisés Gaofen (GF)[reference:3]. Chaque satellite embarque des capteurs différents pour couvrir l'ensemble du spectre des besoins : optique haute résolution, radar à synthèse d'ouverture (SAR), hyperspectral, et même altimétrie laser.

Le GF-1 et le GF-6 emportent à la fois des caméras panchromatiques à 2 mètres de résolution et des caméras multispectrales à 8 mètres, dédiées à la surveillance de l'occupation des sols[reference:4]. Le GF-3 est équipé d'un radar en bande C à double polarisation, capable d'atteindre une résolution de 1 mètre, principalement pour la surveillance des cibles marines[reference:5]. Le GF-5 embarque six capteurs, dont une caméra hyperspectrale et une caméra de polarisation directionnelle, pour l'étude de l'environnement et du climat : aérosols, nuages et gaz à effet de serre[reference:6]. Enfin, le GF-7 dispose d'un altimètre laser pour la cartographie tridimensionnelle et l'arpentage des ressources naturelles[reference:7].

Le tableau des principaux satellites Gaofen

Le tableau ci-dessous récapitule les caractéristiques des principaux satellites Gaofen de la série civile, avec leurs résolutions et domaines d'application privilégiés.

Principaux satellites Gaofen et leurs capacités
SatelliteLancementTypeRésolutionApplication principale
Gaofen-12013Optique2 m pan / 8 m multiSurveillance des terres
Gaofen-22014Optique0,8 m pan / 3,2 m multiUrbanisme, cartographie
Gaofen-32016Radar (bande C)1 mSurveillance marine, tout temps
Gaofen-42015Optique géostationnaire50 mObservation continue d'une zone
Gaofen-52018Hyperspectral30 mAtmosphère, climat, qualité de l'air
Gaofen-62018Optique2 m pan / 8 m multiAgriculture, ressources
Gaofen-72019Cartographie 3D0,65 mArpentage, modèles numériques

Des capacités techniques à la hauteur des meilleurs systèmes

Haute résolution spatiale, spectrale et temporelle

CHEOS vise à construire un système d'observation de la Terre à haute résolution spatiale, temporelle et spectrale, capable de fonctionner de jour comme de nuit et par tous les temps[reference:8]. La résolution spatiale des satellites Gaofen atteint des niveaux comparables aux meilleurs systèmes occidentaux : le GF-2 offre une résolution panchromatique de 0,8 mètre, et certains satellites de la série militaire (GF-11) descendraient sous les 0,5 mètre[reference:9].

La résolution hyperspectrale du GF-5 permet de décrire quantitativement les propriétés physiques de la couverture terrestre grâce à des centaines de bandes spectrales étroites, de l'ultraviolet au proche infrarouge[reference:10]. La résolution temporelle, essentielle pour suivre des changements subtils, est assurée par la diversité des orbites et la complémentarité des capteurs.

Des applications concrètes et stratégiques

Ressources, catastrophes et sécurité

Les données Gaofen alimentent des applications dans des domaines aussi variés que l'urbanisme, la surveillance des catastrophes, l'évaluation agricole et la protection de l'environnement[reference:11]. Le programme vise à fournir des données d'observation en temps réel et par tous les temps pour la prévention des catastrophes et la réponse d'urgence, notamment pour les glissements de terrain, les typhons et les pluies torrentielles[reference:12].

CHEOS joue également un rôle clé dans l'initiative « la Ceinture et la Route », en fournissant des données d'observation pour les pays partenaires, et dans la surveillance environnementale à l'échelle nationale[reference:13]. La maîtrise de ces données réduit la dépendance de la Chine aux fournisseurs commerciaux étrangers et renforce son autonomie stratégique[reference:14].

L'écosystème commercial : SuperView Neo et au-delà

Une offre privée en pleine expansion

Au-delà du programme civil CHEOS, la Chine a développé un écosystème commercial dynamique. La constellation SuperView Neo (四维高景), opérée par China Siwei (filiale de CASC), combine satellites optiques et radar pour offrir des services de haute résolution. Le SuperView Neo 2 (四维高景二号) est un satellite radar à synthèse d'ouverture capable d'une résolution inférieure à 1 mètre, fonctionnant de jour comme de nuit et par tous les temps[reference:15].

Le SuperView Neo 3 (四维高景三号) est présenté comme le premier satellite optique de surveillance chinois combinant une fauchée de plus de 130 kilomètres et une résolution de 0,5 mètre, permettant une couverture de vastes zones avec une revisite fréquente[reference:16]. Cette constellation commerciale complète l'offre publique de CHEOS et témoigne de la maturité industrielle du secteur spatial chinois.

Souveraineté et coopération internationale

Une politique de données différente de Copernicus

Contrairement à Copernicus, dont les données Sentinel sont librement accessibles à tous, CHEOS ne pratique pas l'ouverture totale. Les données Gaofen sont diffusées selon des modalités contrôlées, en fonction des utilisateurs et des usages. Cette approche reflète la conception chinoise de la souveraineté des données géospatiales, considérées comme un actif stratégique.

Pour autant, la Chine développe une coopération internationale active. Le CNSA a présenté CHEOS lors de forums internationaux, notamment en Amérique latine, et propose des partenariats dans le cadre de l'initiative « la Ceinture et la Route » spatiale[reference:17]. Cette stratégie vise à positionner CHEOS comme une alternative aux systèmes occidentaux pour les pays émergents.

Ce qu'il faut retenir

CHEOS n'est plus un programme émergent : c'est une réalité opérationnelle qui place la Chine parmi les grandes puissances de l'observation de la Terre. Avec ses sept satellites civils Gaofen, ses capacités optiques, radar et hyperspectrales, et son écosystème commercial en pleine expansion, la Chine dispose désormais d'une infrastructure complète pour surveiller son territoire et exporter son savoir-faire.

La comparaison avec Copernicus est éclairante : là où l'Europe mise sur l'ouverture et la gratuité des données, la Chine privilégie le contrôle stratégique et la souveraineté. Ces deux modèles ne s'opposent pas frontalement, mais ils dessinent deux visions de la gouvernance des données géospatiales à l'échelle mondiale. La question n'est plus de savoir si la Chine peut rivaliser avec Copernicus, mais selon quelles modalités et avec quels partenaires elle le fera.

Références

FAQ : CHEOS et l'observation de la Terre en Chine

Qu'est-ce que le programme CHEOS ?

CHEOS (China High-resolution Earth Observation System) est le programme chinois d'observation de la Terre à haute résolution. Lancé officiellement en 2010, il regroupe les satellites civils Gaofen et vise à fournir des données pour la défense, les ressources naturelles, la réponse aux catastrophes et la surveillance environnementale[reference:18].

Qu'est-ce qu'un satellite Gaofen ?

Gaofen (高分) signifie « haute résolution » en chinois. C'est le nom générique des satellites de la constellation CHEOS, qui embarquent des capteurs optiques, radar ou hyperspectraux pour l'observation de la Terre[reference:19].

Combien de satellites Gaofen ont été lancés ?

Le programme CHEOS a lancé avec succès sept satellites civils entre 2010 et 2020 : GF-1 à GF-7. D'autres satellites, notamment militaires (GF-8 à GF-11) et commerciaux, complètent cette constellation[reference:20].

Quelles sont les capacités des satellites Gaofen ?

Ils offrent des résolutions allant de 0,5 à 8 mètres selon les capteurs, des capacités radar tout temps (GF-3), hyperspectrales (GF-5) et de cartographie 3D (GF-7). Cette diversité permet de couvrir un large spectre d'applications[reference:21].

CHEOS est-il ouvert à la coopération internationale ?

Oui, mais selon des modalités différentes de Copernicus. La Chine propose des partenariats, notamment dans le cadre de l'initiative « la Ceinture et la Route » spatiale, mais ne pratique pas l'ouverture totale et gratuite des données[reference:22].

Quelle est la différence entre CHEOS et Copernicus ?

La principale différence réside dans la politique de données : Copernicus offre un accès libre et gratuit à toutes ses données Sentinel, tandis que CHEOS privilégie un contrôle stratégique des données Gaofen, en fonction des usages et des utilisateurs. Les deux programmes visent cependant une couverture complète et une haute résolution.

La Chine dispose-t-elle de satellites commerciaux d'observation ?

Oui. Outre CHEOS, des constellations commerciales comme SuperView Neo (四维高景) et Jilin-1 offrent des services d'imagerie haute résolution, optique et radar, pour des clients publics et privés[reference:23].

Quel est l'avenir de CHEOS ?

Le programme poursuit son expansion avec le lancement de nouveaux satellites, le développement de constellations commerciales et le renforcement de la coopération internationale. L'objectif est de maintenir la Chine au niveau des meilleurs systèmes mondiaux et d'exporter son modèle de gouvernance des données géospatiales.

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