En 2015, la sonde New Horizons de la NASA a capturé Charon en haute résolution. L'image combine des images bleues, rouges et infrarouges prises par sa caméra MVIC (Multispectral Visual Imaging). La palette de couleurs de Charon n'est pas aussi diverse que celle de Pluton. Le plus frappant est la région polaire, le rouge (en haut) officieusement appelé Macula Mordor. Cette image résout des détails aussi petit que 1,8 miles (2,9 kilomètres).
Crédit NASA / JHUAPL / SwRI
Cet article présente Charon, la plus grande lune de Pluton, avec un diamètre de 1 212 km (plus de la moitié de Pluton) et une masse d'environ 12 % de celle de Pluton. Sa surface est composée principalement de glace d'eau avec des traces d'ammoniac hydraté. Elle présente des reliefs spectaculaires, dont le canyon Serenity Chasma (1 000 km de long, 9 km de profondeur) et la Mordor Macula (région rougeâtre de tholines). Charon et Pluton sont en rotation synchrone (période de 6,387 jours), et le barycentre du système est situé hors de Pluton, formant un système binaire unique. Son origine serait un impact géant, et elle montre des signes d'activité tectonique et cryovolcanique passée. La mission New Horizons (2015) a révélé ces caractéristiques.
Charon est la plus grande lune de Pluton, découverte en 1978 par l'astronome James Christy. Avec un diamètre d'environ 1 212 km (plus de la moitié de celui de Pluton) et une masse représentant 12 % de celle de Pluton, c'est l'une des plus grandes lunes par rapport à sa planète dans le Système solaire. Sa surface est principalement composée de glace d'eau avec des traces d'ammoniac hydraté, contrastant avec Pluton qui contient davantage de glaces volatiles (azote, méthane). La géologie de Charon est variée : on y trouve le canyon Serenity Chasma (1 000 km de long, 9 km de profondeur), des montagnes, des plaines et des cratères. Une région rougeâtre au pôle nord, appelée Mordor Macula, est composée de tholines (composés organiques complexes). Ces tholines proviennent d'un mécanisme unique dans le Système solaire: du méthane échappé de l'atmosphère de Pluton est capté par la gravité de Charon puis se condense aux pôles durant ses très longs hivers, avant d'être transformé en tholines par irradiation. Charon et Pluton sont en rotation synchrone : ils se font toujours face. Leur barycentre (centre de masse commun) se trouve en dehors de Pluton, ce qui fait de ce duo un système binaire unique dans le Système solaire. Charon serait né d'un impact géant entre Pluton et un autre corps de la ceinture de Kuiper, et il montre des signes d'activité tectonique et de cryovolcanisme passé, avec un probable océan souterrain aujourd'hui gelé. La mission New Horizons (2015) a révolutionné notre connaissance de cette lune fascinante.
Charon présente plusieurs caractéristiques étonnantes et uniques. Charon a un diamètre d'environ 1 212 kilomètres, soit un peu plus de la moitié du diamètre de Pluton. C'est l'une des plus grandes lunes par rapport à la taille de sa planète dans le Système solaire. La masse de Charon est d'environ 1,586 × 1021 kilogrammes, ce qui représente environ 12 % de la masse de Pluton.
Cette masse et ce diamètre donnent à Charon une densité moyenne d'environ 1,70 g/cm3, nettement inférieure à celle de Pluton (≈1,85 g/cm3). Cette différence indique que Charon est proportionnellement plus riche en glace: sa composition interne est estimée à environ 55 % de roches silicatées et 45 % de glace (essentiellement de l'eau), contre environ 70 % de roches pour Pluton. Cet écart de composition constitue un indice important sur les conditions de formation de Charon.
La surface de Charon est principalement composée de glace d'eau, avec des traces d'ammoniac hydraté et peut-être de la glace de méthane. Cette composition diffère de celle de Pluton, qui contient plus de glaces volatiles comme l'azote, le méthane et le monoxyde de carbone.
La surface de Charon est caractérisée par des canyons profonds, des montagnes, des plaines et des cratères. Une des caractéristiques les plus remarquables est le canyon de la vallée de Serenity, qui a une longueur d'environ 1 000 kilomètres et une profondeur pouvant atteindre 9 kilomètres.
Le pôle nord de Charon présente une région rougeâtre appelée Mordor Macula. Cette coloration est probablement due à la présence de tholines, des composés organiques complexes formés par l'irradiation de glaces de méthane.
Le processus à l'origine de la Mordor Macula est unique dans le Système solaire connu: il s'agit d'un transfert de matière atmosphérique d'un corps vers un autre, sans que le corps récepteur ne possède lui-même d'atmosphère. Ce mécanisme a été détaillé en 2016 par l'équipe de Will Grundy (Lowell Observatory, mission New Horizons) à partir des données du survol de 2015.
L'atmosphère ténue de Pluton, principalement composée d'azote et de méthane, s'échappe continuellement dans l'espace. Bien que l'azote soit le gaz dominant, le méthane, plus léger, s'échappe environ 500 fois plus vite. À une distance d'environ 19 600 km, la gravité de Charon intercepte une petite fraction de ce flux de méthane.
Le système Pluton-Charon met 248 ans à orbiter autour du Soleil, et son axe est fortement incliné. Il en résulte des saisons extrêmes aux pôles de Charon: plus d'un siècle terrestre de nuit continue, alternant avec plus d'un siècle de jour continu. Durant ces longs hivers polaires, la température de surface chute à seulement quelques degrés au-dessus du zéro absolu (environ -257 °C), un froid suffisant pour que le méthane capté se condense et se dépose directement sous forme de glace ("piégeage à froid" ou cold-trapping).
Une fois déposé, ce méthane gelé est exposé au rayonnement ultraviolet solaire et aux rayons cosmiques. Cette irradiation brise les molécules de méthane et favorise leur recombinaison en macromolécules organiques complexes, les tholines, dont la couleur rouge-brun caractéristique donne à la région polaire son aspect si particulier. Lorsque les saisons changent et que le pôle concerné revient à la lumière, les glaces volatiles encore présentes se subliment et repartent dans l'espace, mais les tholines, non volatiles, restent piégées en surface et s'accumulent au fil des cycles saisonniers successifs.
N.B.:
Ce modèle explique aussi pourquoi la Mordor Macula est concentrée aux pôles plutôt que répartie sur toute la surface de Charon: seules les régions polaires atteignent, durant leur hiver, des températures assez basses pour piéger durablement le méthane. Des observations par "Pluto-shine" (lumière solaire réfléchie par Pluton) suggèrent qu'un second dépôt similaire existe au pôle sud de Charon, resté dans l'obscurité lors du survol de New Horizons en juillet 2015.
Dès 2007, des observations au sol (télescope Gemini) avaient détecté des dépôts de glace cristalline et d'hydrates d'ammoniac à la surface de Charon. Comme le rayonnement solaire dégrade normalement ce type de glace en une forme amorphe en quelques dizaines de milliers d'années, sa présence sous forme cristalline suggérait un dépôt récent, initialement attribué à une activité cryovolcanique passée (éjection d'eau, d'ammoniac ou de méthane depuis l'intérieur, gelant rapidement en surface).
Le survol de New Horizons en 2015 n'a cependant révélé aucun cryovolcan ou geyser actif. Des travaux postérieurs ont par ailleurs remis en question l'origine cryovolcanique de ces dépôts cristallins, certains chercheurs proposant plutôt un renouvellement passif de la glace et de l'ammoniac depuis le sous-sol, sans éruption à proprement parler. L'hypothèse cryovolcanique reste donc débattue plutôt qu'établie.
Charon montre des signes d'activité tectonique, avec des failles et des rifts indiquant que sa croûte a été fracturée par des forces internes. Cela pourrait être le résultat de la rétraction de son océan souterrain gelé ou du refroidissement et de la contraction de l'intérieur.
Charon et Pluton sont en rotation synchrone, ce qui signifie qu'ils présentent toujours la même face l'un à l'autre. La période orbitale de Charon autour de Pluton est de 6,387 jours terrestres, ce qui correspond également à la période de rotation de Charon.
En raison de la taille relativement importante de Charon par rapport à Pluton, le centre de masse du système Pluton-Charon (le barycentre) se trouve en dehors de Pluton. Cela en fait un système binaire unique dans le Système solaire.
Il est probable que Charon se soit formé à la suite d'un impact géant entre Pluton et un autre objet de la ceinture de Kuiper. Les débris issus de cette collision se seraient accrétionnés pour former Charon.
Charon aurait pu avoir un océan souterrain d'eau liquide, maintenu par la chaleur générée par la désintégration des éléments radioactifs. Au fil du temps, cet océan aurait gelé, contribuant aux caractéristiques géologiques actuelles de la lune.
Contrairement à Pluton, Charon ne possède pas d'atmosphère significative. Toute atmosphère initialement présente aurait probablement été trop faible pour persister dans les conditions de froid extrême et de faible gravité de Charon.
NASA Science – Charon
Nature – The formation of Charon's red poles from seasonally cold-trapped volatiles (Grundy et al., 2016)
arXiv – The Pluto System After New Horizons (Stern et al., 2018)
Johns Hopkins APL – New Horizons Mission
Wikipédia (EN) – Charon (moon)
Encyclopædia Britannica – Charon
Nature – The formation of Charon's red poles from seasonally cold-trapped volatiles (Grundy et al., 2016)
Charon est la plus grande lune de Pluton. Il a été découvert en 1978 par l'astronome américain James Christy, alors qu'il analysait des photographies de Pluton prises à l'observatoire naval des États-Unis. Il a remarqué une petite protubérance sur le bord de Pluton, qui s'est avérée être une lune. Charon a été nommé d'après le passeur des enfers dans la mythologie grecque.
Charon est exceptionnellement grand par rapport à Pluton. Son diamètre d'environ 1 212 km est plus de la moitié de celui de Pluton (2 377 km). Sa masse représente environ 12 % de celle de Pluton. Cette proportion est unique dans le Système solaire, ce qui fait du système Pluton-Charon un système binaire : le centre de masse (barycentre) se situe en dehors de Pluton.
La surface de Charon est principalement composée de glace d'eau, avec des traces d'ammoniac hydraté et peut-être de la glace de méthane. Cette composition diffère de celle de Pluton, qui contient plus de glaces volatiles (azote, méthane, monoxyde de carbone). La surface présente des canyons profonds (Serenity Chasma, jusqu'à 9 km de profondeur), des montagnes, des plaines et des cratères. Au pôle nord, la Mordor Macula est une région rougeâtre due à la présence de tholines, des composés organiques complexes formés par l'irradiation de glaces de méthane.
Le système Pluton-Charon est un système binaire car le barycentre (centre de masse commun) se situe en dehors de Pluton, à environ 960 km de sa surface. Cela signifie que Pluton et Charon orbitent tous deux autour de ce point commun, dans une danse gravitationnelle unique. De plus, ils sont en rotation synchrone : ils présentent toujours la même face l'un à l'autre, ce qui est également le cas de Pluton par rapport à Charon. Leur période orbitale commune est de 6,387 jours terrestres.
L'hypothèse la plus probable pour la formation de Charon est un impact géant entre Pluton et un autre objet de la ceinture de Kuiper, de taille comparable. Cette collision aurait éjecté des débris qui se sont ensuite accrétionnés pour former Charon. Ce scénario est similaire à celui de la formation de la Lune terrestre. Les différences de composition entre Pluton et Charon (Charon étant plus riche en glace d'eau, Pluton plus riche en volatils) confortent cette hypothèse.
Oui, Charon montre des signes d'activité géologique passée :
• Activité tectonique : des failles, des rifts et des canyons (Serenity Chasma) indiquent que la croûte a été fracturée, probablement en raison de la contraction interne (refroidissement et gel d'un océan souterrain).
• Indices de cryovolcanisme : des cryovolcans (volcans de glace) auraient pu éjecter de l'eau, de l'ammoniac ou du méthane qui ont gelé rapidement dans l'espace froid.
• Océan souterrain passé : Charon aurait pu abriter un océan d'eau liquide maintenu par la chaleur radioactive, aujourd'hui gelé, ce qui a contribué à son relief actuel.
Charon n'a pas d'atmosphère propre capable de produire des tholines par elle-même. Le méthane provient de l'atmosphère de Pluton: une petite fraction du gaz qui s'en échappe est captée par la gravité de Charon, à environ 19 600 km de distance, le méthane s'échappant environ 500 fois plus vite que l'azote pourtant dominant dans l'atmosphère de Pluton. Ce méthane se condense ensuite aux pôles de Charon durant des hivers extrêmement longs, supérieurs à un siècle terrestre en raison de la lente révolution du couple Pluton-Charon autour du Soleil (248 ans) et de son inclinaison. Le rayonnement ultraviolet et cosmique transforme alors ce méthane gelé en tholines rougeâtres, qui restent piégées en surface même lorsque les glaces volatiles environnantes se subliment. Ce phénomène de « peinture » d'un corps par l'atmosphère d'un autre est unique dans le Système solaire connu.
La sonde New Horizons (NASA) a survolé Pluton et Charon en 2015, révolutionnant notre connaissance de Charon. Elle a révélé :
• La topographie détaillée de Charon, avec des canyons (Serenity Chasma) jusqu'à 9 km de profondeur et des montagnes.
• La composition de surface, dominée par la glace d'eau, avec des traces d'ammoniac.
• La Mordor Macula, une région rougeâtre au pôle nord, composée de tholines (composés organiques complexes).
• Des signes de tectonique et de cryovolcanisme passé.
• L'absence d'atmosphère significative sur Charon, contrairement à Pluton.
• Des informations précises sur le système binaire et la dynamique orbitale.