Le système Terre est un ensemble couplé : atmosphère, hydrosphère, lithosphère et biosphère interagissent par des flux d’énergie et de matière. Ce système est maintenu hors équilibre par l’apport constant de l’énergie solaire \(\approx 1361 \ \text{W.m}^{-2}\). La stabilité dépend de rétroactions : certaines négatives (régulation par le cycle du carbone) et d’autres positives (fonte de la glace diminuant l’albédo).
N.B. : Un système hors équilibre est un système physique qui ne tend pas spontanément vers un état stable de repos. Il est maintenu dans un état dynamique par un flux d’énergie ou de matière, comme l’atmosphère terrestre chauffée en continu par le Soleil. Les structures dissipatives (tourbillons, cellules de convection, cycles biogéochimiques) en sont des exemples typiques, illustrant comment l’ordre peut émerger du déséquilibre.
Les Points de Bascule Climatiques
Les modèles du GIEC identifient plusieurs « tipping points » : la dislocation de la calotte glaciaire du Groenland, l’arrêt possible de la circulation thermohaline atlantique (AMOC), ou encore la libération massive de méthane piégé dans le permafrost. Chacun de ces phénomènes peut amplifier brutalement le réchauffement et entraîner des cascades de transitions.
L’Équilibre Radiatif Terrestre
La Terre reçoit en permanence de l’énergie du Soleil sous forme de rayonnement visible et ultraviolet. Une partie de cette énergie est réfléchie directement vers l’espace par les nuages, les surfaces claires comme la glace et les déserts : c’est l’albédo, qui vaut en moyenne 0,3, soit 30 %. Le reste est absorbé par les océans, les continents et l’atmosphère, puis réémis sous forme de rayonnement infrarouge. Si le bilan est nul, la température moyenne reste stable. Mais si il y a plus d’énergie entrante que sortante alors la planète se réchauffe.
Ainsi, l’équilibre radiatif n’est pas un état fixe mais un compromis dynamique : il dépend des cycles naturels (volcans, activité solaire, glaciations) et des actions humaines (émissions, déforestation). C’est la clé pour comprendre pourquoi un réchauffement de seulement +2 °C a des conséquences systémiques sur le climat mondial.
Effondrement : le Scénario de l’Anthropocène
Le dépassement des limites planétaires : un constat scientifique alarmant
En 2023, une étude publiée dans Science Advances a confirmé que six des neuf limites planétaires (climat, intégrité de la biosphère, cycles de l’azote et du phosphore, utilisation des sols, pollution chimique, eau douce) sont déjà franchies. La perte de biodiversité s’accélère : selon l’IPBES, 1 million d’espèces sont menacées d’extinction, dont 50 % pourraient disparaître d’ici 2100 si les tendances actuelles se poursuivent. L’acidification des océans, liée à l’absorption de CO₂, a augmenté de 30 % depuis l’ère préindustrielle, menaçant les récifs coralliens et les chaînes alimentaires marines.
Les signaux faibles devenus criants
Incendies géants : En 2023, le Canada a connu sa pire saison d’incendies (18 millions d’hectares brûlés), tandis que l’Amazonie émet désormais plus de CO₂ qu’elle n’en absorbe.
Canicules extrêmes : En 2024, l’Inde et le Pakistan ont enregistré des températures dépassant 50°C, avec des vagues de chaleur mortelles. En Europe, l’été 2025 s’annonce comme l’un des plus chauds jamais enregistrés, avec des records battus dans le sud de la France et en Espagne.
Fonte des glaciers : La calotte glaciaire du Groenland perd 270 milliards de tonnes de glace par an, contribuant à une élévation du niveau de la mer de 1 mm/an. Les glaciers alpins pourraient perdre 80 % de leur volume d’ici 2100.
Migrations climatiques : La Banque mondiale estime que 216 millions de personnes pourraient être déplacées d’ici 2050 à cause des sécheresses, inondations et montée des eaux. En Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, des conflits pour l’accès à l’eau et aux terres arables se multiplient.
Canicules marines : En 2023–2024, les océans ont battu des records de température (+21,1°C en moyenne en avril 2024), provoquant des blanchiments massifs de coraux (ex. : 90 % de la Grande Barrière de Corail touchée en 2024).
Pluies extrêmes et inondations soudaines : En 2024, l’Allemagne a subi 300 mm de pluie en 24h, tandis que le Pakistan et la Chine ont connu des inondations historiques, dépassant les modèles climatiques existants.
Effondrement des écosystèmes marins : Le golfe du Mexique abrite désormais une zone morte de 15 000 km² (taille de l’Île-de-France), due à la pollution et au réchauffement des eaux.
Dépérissement des forêts boréales : En Sibérie et au Canada, des millions d’hectares de forêts meurent à cause des scolytes et des mégafeux, transformant ces puits de carbone en émetteurs nets de CO₂.
Montée accélérée des eaux : Le rythme est passé de 3,7 mm/an (2010) à 5,2 mm/an en 2025, menaçant des îles du Pacifique (ex. : Tuvalu) et des villes côtières comme Jakarta ou Miami.
Crises alimentaires : En 2025, l’Afrique de l’Est connaît une 5e année de sécheresse consécutive, avec 20 millions de personnes en insécurité alimentaire et un effondrement des récoltes de blé et maïs (-40 %).
Extension des maladies tropicales : La dengue et le chikungunya progressent en Europe (foyers en Italie et France en 2024) et aux États-Unis, portés par l’expansion des moustiques Aedes.
Perturbations économiques : En 2023, la sécheresse a réduit le trafic sur le canal de Panama (-30 %), et les inondations ont paralysé le port de Shanghai, causant des pertes estimées à 120 milliards de dollars/an pour le commerce mondial.
Instabilité des calottes polaires : En 2024, des fissures géantes ont été observées dans la barrière de glace Thwaites (Antarctique), risquant un effondrement d’ici 2030–2035.
Exodes climatiques : En 2025, 30 millions de personnes ont été déplacées par des catastrophes climatiques, soit trois fois plus qu’en 2020 (IDMC).
Assurances et "désertification climatique" : Des compagnies comme Allianz refusent désormais d’assurer des biens dans des zones à risque (ex. : Californie, Australie), provoquant un effondrement des prix immobiliers.
Effets en cascade et points de bascule
Les scientifiques du GIEC soulignent le risque de points de bascule irréversibles (ex. : effondrement de la circulation océanique Atlantique, dégel du permafrost libérant du méthane). Ces phénomènes pourraient amplifier le réchauffement de manière incontrôlable, même si les émissions de CO₂ étaient stoppées demain.
N.B. : Les points de bascule (ou bifurcations) désignent des seuils critiques au-delà desquels un système bascule vers un nouvel état, souvent irréversible. Ces transitions brutales surviennent lorsque des rétroactions positives amplifient des perturbations initiales, comme la fonte accélérée de la calotte glaciaire ou la transformation de la forêt amazonienne en savane. Les points de bascule sont particulièrement préoccupants dans le système climatique, car ils peuvent déclencher des effets en cascade (ex. : libération massive de méthane par le dégel du permafrost).
Résilience et adaptation : des réponses inégales
Face à ces défis, les stratégies d’adaptation (digues, cultures résistantes, villes éponges) restent insuffisantes dans les pays les plus vulnérables. Les inégalités Nord-Sud s’aggravent : les 10 % les plus riches de la planète émettent 50 % des gaz à effet de serre, tandis que les populations les plus pauvres subissent 90 % des impacts.
Renaissance : Vers une Symbiose entre Humanité, Nature et Intelligence Artificielle
Décarbonation : une révolution énergétique en marche ?
Énergies renouvelables : En 2024, elles représentent 40 % de la production électrique mondiale, avec des coûts en chute libre (le solaire est 80 % moins cher qu’en 2010).
Hydrogène vert et stockage : L’Union européenne investit 430 milliards d’euros d’ici 2030 pour développer l’hydrogène renouvelable.
Villes neutres en carbone : Copenhague, Oslo et Paris visent la neutralité carbone d’ici 2030.
Tableau des villes mondiales engagées vers la neutralité carbone
Ville
Objectif de neutralité carbone
Principaux leviers
Défis majeurs
Copenhague (Danemark)
2025
100 % énergies renouvelables (éolien, biomasse)
Réseau de chauffage urbain décarboné
75 % des trajets à vélo
Coût élevé pour les ménages
Adaptation des infrastructures historiques
Oslo (Norvège)
2030
Transports publics 100 % électriques
Taxation carbone sur les véhicules thermiques
Bâtiments à énergie positive
Résistance politique des zones périurbaines
Climat froid nécessitant un chauffage intense
Paris (France)
2030
Rénovation thermique des bâtiments
Végétalisation massive (50 % de surfaces perméables)
Zones à faibles émissions (ZFE)
Densité urbaine et patrimoine architectural
Financement des travaux pour les propriétaires
Stockholm (Suède)
2030
Chauffage urbain alimenté par la biomasse
Recyclage des déchets en biogaz
Flotte de bus et taxis électriques
Hivers rigoureux augmentant la demande énergétique
Coordination entre les municipalités de la région
Shenzhen (Chine)
2030
Flotte de 16 000 bus électriques
50 % d’électricité issue du solaire et de l’hydroélectricité
Marché carbone local
Dépendance à une industrie manufacturière émettrice
Croissance démographique rapide
Vancouver (Canada)
2030
90 % d’énergies renouvelables (hydroélectricité)
Bâtiments neufs zéro émission dès 2025
Extension des pistes cyclables
Prix élevé de l’immobilier limitant les rénovations
Risques sismiques compliquant les infrastructures
Amsterdam (Pays-Bas)
2030
Interdiction des véhicules thermiques d’ici 2030
Énergie éolienne offshore
Canaux utilisés pour la régulation thermique
Adaptation des canaux et digues au changement climatique
Tourisme de masse générant des émissions
Xiong’an (Chine)
2050
Ville nouvelle conçue pour être zéro carbone
Transports autonomes et électriques
Bâtiments à énergie positive et recyclage total des déchets
Projet coûteux et expérimental
Délais de construction et peuplement
New York (États-Unis)
2050
Loi "Climate Mobilization Act" (réduction de 80 % des émissions des bâtiments)
Développement de l’éolien offshore
Taxation des véhicules polluants
Vieillissement des infrastructures
Inégalités sociales et accès aux technologies vertes
Tokyo (Japon)
2050
Hydrogène pour les Jeux Olympiques 2020 et au-delà
Bâtiments résistants aux typhons et économes en énergie
Recyclage avancé des déchets
Risques naturels (typhons, séismes)
Dépendance aux importations d’énergie
Sydney (Australie)
2050
100 % d’énergies renouvelables pour la ville
Transports publics décarbonés
Végétalisation pour lutter contre les îlots de chaleur
Dépendance au charbon pour l’électricité nationale
Feux de brousse récurrents
N.B. : La neutralité carbone est atteinte lorsqu’une ville compense ses émissions résiduelles de gaz à effet de serre par des puits de carbone (forêts, technologies de capture) ou des crédits carbone. Les objectifs varient selon les contexte locaux (climat, économie, politique) et les méthodes de calcul (périmètre géographique, scope des émissions). Les villes asiatiques, bien que très engagées, font face à des défis spécifiques liés à leur croissance démographique et à leur dépendance historique aux énergies fossiles.
Restauration des écosystèmes : l’ère des corridors biologiques
Great Green Wall en Afrique : restauration de 100 millions d’hectares de terres dégradées.
Initiative 30x30 : protéger 30 % des terres et mers d’ici 2030.
Gouvernance planétaire : vers une coopération renforcée ?
L’accord de Kunming-Montreal (2022) fixe des objectifs contraignants pour stopper la perte de biodiversité. Des propositions émergent pour créer une Assemblée des Nations Unies pour l’environnement ou un tribunal international du climat.
Synergie homme-nature : l’éco-technologie au service du vivant
Biomimétisme : matériaux inspirés des écosystèmes, villes conçues comme des organismes vivants.
Intelligence artificielle : modélisation des écosystèmes, optimisation des réseaux électriques.
Mouvements citoyens : Extinction Rebellion, Fridays for Future, éco-féminisme.
Défis persistants : acceptabilité sociale, financement (déficit annuel de 700 milliards de dollars pour la biodiversité), équilibre technologique.
Question clé : La transition technobiotique peut-elle émerger sans une refonte radicale des systèmes économiques et politiques actuels ?
Pour aller plus loin
Lectures : Le Bug humain (Sébastien Bohler), L’Âge des low tech (Philippe Bihouix).
Initiatives : Drawdown, Regeneration International, The Earthshot Prize.
Observation finale : Ces deux scénarios — effondrement ou renaissance — ne sont pas exclusifs. Ils coexistent déjà, et c’est dans leur tension que se joue l’avenir.