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Dernière mise à jour : 26 mars 2026

La carte du ciel nocturne en Amérique du Sud : constellations et objets célestes saison par saison

Panorama du ciel étoilé vu depuis l'Amérique du Sud, avec la Voie lactée et la Croix du Sud

Pourquoi le ciel change-t-il d'une saison à l'autre ?

Depuis l'Amérique du Sud, entre les latitudes 20° S et 55° S (de l'Atacama chilien à la Patagonie argentine), le ciel nocturne n'est jamais identique d'un mois à l'autre. Ce mouvement apparent des étoiles n'est pas le leur : c'est la Terre qui, en orbitant autour du Soleil en une année, pointe notre hémisphère vers des régions différentes de la sphère céleste. À chaque saison correspond une nouvelle "fenêtre" sur l'Univers.

La rotation terrestre sur elle-même fait également tourner la voûte céleste d'est en ouest en 23 heures 56 minutes (un jour sidéral). Concrètement, le ciel "avance" d'environ deux heures par mois : une constellation que l'on voit se lever à l'est à 23h en décembre sera déjà haute dans le ciel dès 21h en janvier, puis dominera le zénith en soirée au printemps. L'observateur patient apprend vite à lire ce défilement du ciel comme une horloge cosmique.

Depuis l'Amérique du Sud, une zone du ciel reste toujours visible, quelle que soit la saison : le cercle circumpolaire austral, centré sur le Pôle Sud céleste. Les constellations circumpolaires australes, comme la Croix du Sud (Crux), la Carène, le Centaure et la Mouche, ne se couchent jamais sous notre horizon. Ce sont les premiers repères à maîtriser.

Trouver le Sud : la Croix du Sud, boussole céleste immuable

Avant toute observation saisonnière, il faut localiser la Croix du Sud (Crux). Elle indique la direction du Sud géographique avec une précision remarquable, car son grand axe pointe directement vers le Pôle Sud céleste. Contrairement à l'hémisphère nord, il n'existe pas d'étoile polaire brillante au sud : on utilise donc la Croix du Sud comme repère fondamental.

Pour trouver le pôle sud céleste, on prolonge le grand axe de la Croix du Sud (la ligne reliant l'étoile du bas, Acrux, à l'étoile du haut, Gacrux) sur une distance environ 4,5 fois la longueur de la croix. On tombe alors sur un point vide du ciel, à quelques degrés de la Polaire australe (Sigma Octantis), qui n'est pas visible à l'oeil nu en milieu urbain. Ce truc mnémotechnique fonctionne nuit et jour, été comme hiver.

Une fois le Sud identifié, l'orientation des autres points cardinaux découle immédiatement. Face au Sud, le Nord est dans le dos, l'Est à gauche, l'Ouest à droite. Depuis l'Amérique du Sud, toutes les étoiles atteignent leur point le plus haut dans le ciel lorsqu'elles passent plein nord : c'est le meilleur moment pour les observer, à mi-chemin entre leur lever à l'est et leur coucher à l'ouest. Par exemple, début mars vers 22h, la constellation du Lion culmine plein nord à environ 45° au-dessus de l'horizon : son étoile principale Régulus est alors au plus haut, dans les meilleures conditions d'observation.

Automne (mars, avril, mai) : le Lion et la Vierge dominent le nord

En automne austral, la Terre fait face à une région du ciel riche en galaxies lointaines. Le carré du Lion est facilement repérable : son étoile principale, Régulus, marque le bas du "point d'interrogation" inversé que dessine la tête du Lion.

Plus à l'est, la constellation de la Vierge se signale par Spica, étoile de couleur bleutée. Pour trouver Spica, on utilise un arc céleste : en prolongeant l'arc formé par la queue du Centaure, on arrive à Spica. Arcturus, dans le Bouvier, est une géante orange très brillante.

En mai vers 22h, regardez vers le nord à environ 60° de hauteur : la Chevelure de Bérénice forme une tache diffuse perceptible à l'oeil nu dans un ciel sombre, souvent confondue avec un nuage. C'est en réalité un amas ouvert d'étoiles réelles, l'un des rares visible sans instrument. En se tournant vers le sud, la Croix du Sud culmine haut dans le ciel, accompagnée des Nuages de Magellan (Grand et Petit), deux galaxies naines satellites de la Voie lactée, visibles comme deux taches laiteuses sur l'horizon sud-ouest.

Hiver (juin, juillet, août) : le centre galactique et la Voie lactée royale

L'hiver est, pour de nombreux astronomes amateurs sud-américains, la saison reine de l'observation. Les nuits sont longues et le spectacle est grandiose, surtout dans les régions désertiques comme l'Atacama. Le centre galactique domine alors le zénith.

La constellation du Sagittaire est facilement repérable grâce à son astérisme caractéristique :

En hiver, la Voie lactée traverse le ciel du nord-ouest au sud-est, en passant par le zénith. Loin de toute pollution lumineuse, elle apparaît comme un ruban argenté parsemé de milliards d'étoiles, avec un renflement spectaculaire dans la direction du Sagittaire. La constellation du Scorpion, voisine du Sagittaire, attire l'attention par Antarès (alpha Scorpii), une supergéante rouge dont la teinte orangée rivalise avec celle de Mars.

Les Nuages de Magellan atteignent leur position la plus favorable en hiver, culminant haut dans le ciel austral en début de nuit. Le Grand Nuage (LMC) se trouve dans la constellation de la Dorade, le Petit Nuage (SMC) dans le Toucan. Ces deux galaxies irrégulières sont visibles à l'oeil nu comme deux taches blanchâtres distinctes, témoins de la richesse du ciel austral profond.

Printemps (septembre, octobre, novembre) : le Grand Carré de Pégase et Andromède

Le printemps installe un repère géométrique caractéristique dans le nord : le Grand Carré de Pégase. Ces quatre étoiles, presque également espacées, forment un grand rectangle bien visible au méridien vers 22h en octobre. L'intérieur du carré est remarquablement pauvre en étoiles à l'oeil nu : un bon indicateur de la qualité du ciel local.

Depuis un coin nord-est du Carré, on remonte vers deux étoiles de la constellation d'Andromède, puis on bifurque vers le nord. Ce chemin mène à M31, la galaxie d'Andromède. Visible à l'oeil nu dans un ciel peu pollué comme une tache floue légèrement allongée, c'est l'objet le plus lointain que l'être humain puisse percevoir sans instrument.

Au sud, la Croix du Sud commence à s'abaisser vers l'horizon en début de nuit, annonçant l'été austral. Les Pléiades (M45) deviennent visibles dans le nord-est en fin de nuit, tandis qu'Orion pointe à l'horizon vers le nord à l'aube. C'est la saison idéale pour observer les Perséides australes, une pluie d'étoiles filantes active autour du 9 septembre, avec un radiant dans la constellation de Persée (visible au nord-est).

Été (décembre, janvier, février) : Orion inversé et le Diamant Austral

L'été offre le ciel le plus riche en étoiles brillantes de toute l'année depuis l'Amérique du Sud, avec la particularité que les constellations boréales apparaissent "renversées". La constellation d'Orion en est la pièce maîtresse, reconnaissable immédiatement grâce à sa ceinture : trois étoiles parfaitement alignées, Mintaka, Alnilam et Alnitak. Contrairement à l'hémisphère nord, Bételgeuse (l'épaule rouge) se trouve en bas à droite, Rigel (l'étoile bleue) en haut à gauche. Sous la ceinture, l'épée d'Orion contient une tache floue légèrement laiteuse perceptible à l'oeil nu dans un ciel sombre : c'est la Nébuleuse d'Orion (M42). La ceinture pointe vers le nord-est en direction de Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel nocturne, et vers le nord-ouest en direction des Pléiades.

L'Diamant Austral relie quatre étoiles toutes visibles à l'oeil nu, formant un grand losange qui structure le ciel d'été :

En reliant ces quatre étoiles du regard, on encercle une grande partie du ciel austral et l'on structure d'un seul coup d'oeil l'ensemble du ciel d'été. Les Nuages de Magellan sont bien visibles bas sur l'horizon sud, le Grand Nuage (LMC) plus brillant et étendu que le Petit Nuage (SMC).

Ce que l'on peut voir à l'oeil nu par saison

Sans aucun instrument, le ciel nocturne réserve déjà de belles surprises au-delà des simples étoiles. Quelques objets remarquables sont perceptibles à l'oeil nu dans un ciel suffisamment sombre, loin de toute pollution lumineuse. Le catalogue Messier, compilé par l'astronome français Charles Messier (1730-1817) au 18e siècle, en recense plusieurs accessibles sans instrument.

Objets visibles à l'oeil nu par saison depuis l'Amérique du Sud (latitudes 25° S à 45° S)
SaisonObjetNom courantTypeConstellationCe que l'on voit
AutomneCroix du SudCruxConstellationCruxQuatre étoiles en croix, repère fondamental du ciel austral
AutomneGrand Nuage de MagellanLMCGalaxie naineDoradeTache blanchâtre ovale, galaxie satellite de la Voie lactée
HiverCentre galactiqueBulbe galactiqueRégion de la Voie lactéeSagittaireRenflement lumineux intense dans la Voie lactée au zénith
HiverThéière du SagittaireAstérismeAmas d'étoilesSagittaireHuit étoiles formant une théière, avec le bec pointé vers l'ouest
HiverAntarèsAlpha ScorpiiÉtoile supergéanteScorpionÉtoile rouge-orangée très brillante, coeur du Scorpion
PrintempsM31Galaxie d'AndromèdeGalaxie spiraleAndromèdeTache ovale allongée, l'objet le plus lointain visible à l'oeil nu
PrintempsGrand Carré de PégaseAstérismeQuatre étoilesPégase/AndromèdeGrand rectangle de quatre étoiles au nord, repère automnal
ÉtéM45PléiadesAmas ouvertTaureauGroupe serré d'étoiles bleutées, six à sept étoiles discernables
ÉtéM42Nébuleuse d'OrionNébuleuse en émissionOrionTache brumeuse sous la ceinture d'Orion, au coeur de l'épée
Toute saisonCroix du SudNuages de MagellanConstellations circumpolaires australesCrux / Dorade / ToucanToujours visibles au-dessus de l'horizon sud dans une grande partie de l'Amérique du Sud tempérée

Les planètes : des étoiles qui se déplacent

Contrairement aux étoiles fixes, les planètes changent de position d'une semaine à l'autre par rapport aux constellations. Toutes restent cependant proches de l'écliptique, la grande bande du zodiaque. L'écliptique traverse les constellations du Taureau, des Gémeaux, du Cancer, du Lion, de la Vierge, de la Balance, du Scorpion, du Sagittaire, du Capricorne, du Verseau et des Poissons.

Une planète se distingue d'une étoile à l'oeil nu par deux caractéristiques : elle ne scintille pas (ou peu) et sa couleur est souvent distinctive. Mars présente une teinte orangée reconnaissable ; Jupiter, la plus brillante de toutes, brille d'un blanc crémeux éclatant ; Saturne, dorée et stable, est bien visible à l'oeil nu ; Vénus et Mercure, toujours proches du Soleil, ne s'observent qu'en début ou en fin de nuit.

Une opposition est le moment idéal pour observer les planètes extérieures à l'oeil nu : la planète se lève au coucher du Soleil, culmine plein nord à minuit et se couche à l'aube, au plus brillant de l'année. La table suivante donne les prochaines oppositions visibles depuis l'Amérique du Sud.

Prochaines oppositions planétaires visibles à l'oeil nu depuis l'Amérique du Sud (2026-2029)
PlanèteDate approximativeConstellationCouleur à l'oeil nu
JupiterJanvier 2026GémeauxBlanc crémeux, très brillant
SaturneSeptembre 2026VerseauDorée, lumière stable
JupiterFévrier 2027CancerBlanc crémeux, très brillant
MarsFévrier 2027LionOrangée, inimitable
SaturneOctobre 2027PoissonsDorée, lumière stable
MarsMars 2029ViergeOrangée, inimitable

Les phénomènes éphémères : pluies de météores et éclipses

Certains événements surviennent à des dates précises et offrent des spectacles entièrement accessibles à l'oeil nu, sans aucun instrument. Les pluies de météores sont parmi les plus accessibles. Les Eta Aquarides (début mai), produites par la comète de Halley, sont particulièrement favorables depuis l'Amérique du Sud, avec des taux horaires pouvant atteindre 30 à 40 météores par heure. Les Perséides (12 août) restent populaires, bien que le radiant soit bas sur l'horizon nord.

Depuis le début des années 2020, le passage des satellites artificiels est devenu un événement courant dans le ciel nocturne sud-américain. Un satellite se distingue d'une étoile sans effort : il traverse silencieusement le ciel en deux à cinq minutes, sans scintillation ni clignotement, et uniquement en début ou en fin de nuit lorsqu'il est encore éclairé par le Soleil. L'ISS est le plus spectaculaire, surpassant Jupiter en brillance lors des passages favorables. Les Starlink (SpaceX) sont devenus omniprésents ; juste après leur lancement, ils forment un train de satellites reconnaissable, visible quelques jours seulement. Les dates et trajectoires de tous ces objets sont consultables en temps réel sur internet.

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